Variants Covid-19: encore cinq ans sous le joug de la crise sanitaire?

libre info france

Alors que le variant Delta continue sa progression, au point de devenir majoritaire dans les nouveaux cas de contamination, Emmanuel Macron doit s’exprimer publiquement ce lundi 12 juillet à 20h. Pour la virologue Mylène Ogliastro, faute d’immunité collective, de nouvelles restrictions sont inévitables dans les jours et même les années à venir.

Le bout du tunnel sanitaire n’est pas encore pour aujourd’hui.

Alors qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer ce lundi 12 juillet à 20h dans une allocution télévisée, le spectre du variant Delta fait redouter une quatrième vague dans le pays. Selon Le Monde, le Président de la République devrait annoncer la vaccination obligatoire pour les soignants, l’extension du pass sanitaire ainsi que la fin de la gratuité des tests PCR, notamment pour les non-vaccinés. Faut-il craindre par ailleurs un retour en arrière sur les dernières mesures levées le 30 juin dernier?

«C’est indispensable de revenir sur certaines restrictions sanitaires», répond Mylène Ogliastro, virologue à l’INRAE, au micro de Sputnik. «On est très loin d’avoir un niveau d’immunisation suffisant dans la population mondiale. Le virus circule, évolue et nous revient avec les voyages.»

Initialement, cette prise de parole devait permettre au chef de l’État d’annoncer un nouveau cycle de réformes et de «tourner la page» de la crise sanitaire qui dure depuis maintenant un an et demi.

«Au départ de quelque chose qui ressemble à une vague épidémique»?

Las, le variant Delta, désormais responsable de près d’un cas sur deux des nouveaux cas de contamination selon Santé Publique France, en a décidé autrement. Avec 3.777 cas par jour, le nombre de cas en France a augmenté de 63% depuis une semaine.

«Nous sommes au départ de quelque chose qui ressemble à une vague épidémique», a prévenu Olivier Véran ce dimanche 11 juillet sur Radio J. «La charge hospitalière pour l’instant n’augmente pas, mais il va se passer la même chose que l’été dernier», a-t-il insisté. Selon les autorités britanniques, le variant Delta (ex-variant indien), désormais majoritaire outre-Manche, est de 40 à 60% plus transmissible que le variant Alpha (ex-variant anglais). Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de santé, estimait sur BFMTV que le variant Delta était «50% plus contagieux» que le variant anglais.

Un variant plus transmissible, mais moins létal

«Il est bien plus contagieux que le B.1.1.7 qui nous est arrivé de Grande-Bretagne, qui lui-même était déjà plus contagieux que la souche originelle qui avait déclenché la première vague», nous confirme Mylène Ogliastro.

Faut-il pour autant s’en inquiéter? Selon la dernière étude de l’agence gouvernementale Public Health England (l’équivalent britannique de Santé Publique France) rendue publique le 25 juin dernier, le taux de létalité du variant Delta n’est que de 0,2 à 0,3% sur 170.000 cas contre 1,9% sur les 225.000 cas du variant Alpha recensés outre-Manche. «Les courbes anglaises montrent qu’il n’y a pas vraiment d’augmentation du nombre d’hospitalisations grâce à l’effet vaccination. La plupart des gens qui contractent l’infection aujourd’hui sont des gens non vaccinés», précise Mylène Ogliastro. À défaut d’empêcher la transmission, voire la contamination, une couverture vaccinale suffisamment large permettrait donc d’empêcher les formes graves liées au virus, si l’on en croit la virologue. Mais un tel scénario, s’il se confirmait, ne laisse pas pour autant augurer une sortie de crise imminente, précise notre interlocutrice:

«Le danger, c’est de refaire circuler un virus avec une immunité collective insuffisante. À terme, le risque c’est de recréer de la diversité virale dans un paysage vacciné. Le virus pourrait ainsi contourner ou échapper au système immunitaire. En termes d’évolution virale, c’est tout à fait possible», explique Mylène Ogliastro.

En d’autres termes, le fait de laisser circuler le virus présente un risque majeur: celui de voir apparaître de nouveaux variants au fur et à mesure des contaminations individuelles. Un scénario peu optimiste qui fait dire à la virologue de l’INRAE que «la crise sanitaire peut encore durer trois à cinq ans». «Chaque fois que le virus infecte quelqu’un, il y a un rééchantillonnage de variants potentiels. Sur des tailles de population énormes, un variant avec un avantage évolutif peut très bien émerger et devenir dominant, comme on l’a vu avec le variant britannique puis indien», explique-t-elle.

La vaccination, «seule solution que l’on ait»?

D’où la nécessité de «bloquer la transmission à tout prix», plaide Mylène Ogliastro. Problème: les différents vaccins contre le Covid-19 seraient moins efficaces face à cette nouvelle mutation du virus. Selon le ministère israélien de la Santé, le vaccin de Pfizer-BioNTech ne serait performant qu’à 64% face au variant Delta, contre 95% contre les autres formes du virus. Selon Public Health England, l’efficacité chute même sous les 60% dans le cas du vaccin AstraZeneca. En l’absence de traitement reconnu par les autorités sanitaires, la vaccination reste malgré tout «la seule solution qu’on ait» à l’heure actuelle, estime Mylène Ogliastro:

«Tant que les hospitalisations et que les formes graves continuent à diminuer, on peut s’accommoder des gestes barrières et du port du masque. Nous n’avons pas de traitement efficace pour l’instant, car c’est bien plus long en temps de recherche.»

Dans son dernier avis rendu public le 8 juillet dernier, le Conseil scientifique estime désormais que «l’épidémie ne pourra être contrôlée qu’avec 90% à 95% de personnes vaccinées ou infectées.» Une estimation revue à la hausse, «compte tenu de la transmission des nouveaux variants, en particulier chez les personnes de plus de 60 ans», précisent les chercheurs. Un seuil «inatteignable en l’état» pour Mylène Ogliastro, qui se risque malgré tout à une projection:

«Il est possible que le virus soit toujours autant transmissible à l’avenir, mais s’atténue en virulence grâce à l’immunité, à l’image d’un rhume. Mais cela peut mettre vingt ou cinquante ans avant d’en arriver là…», glisse la virologue.



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