Une «brève visite privée» du Président camerounais en Europe met le feu aux poudres

libre info france

Paul Biya est en Europe depuis le 11 juillet. Un déplacement qui vient rompre une période de répit et renouer semble-t-il avec ses villégiatures habituelles à l’hôtel Intercontinental de Genève. Son dernier séjour, en 2019, avait été violemment perturbé par des activistes de la diaspora camerounaise anti-Biya, qui ont promis de revenir à la charge.

Il n’avait plus quitté son pays depuis 20 mois. Un exploit pour le Président camerounais, Paul Biya, habitué à de longs séjours dans le somptueux hôtel Intercontinental de Genève, en Suisse. Dans l’après-midi du dimanche 11 juillet, un communiqué du cabinet de la présidence camerounaise annonçait une « brève visite privée » de Paul Biya en Europe, sans en préciser la destination exacte. Dans ce communiqué officiel, il est simplement mentionné que le chef de l’État est accompagné de son épouse, ainsi que de son directeur de cabinet, d’un conseiller et du chef du protocole. Dans la même journée de dimanche, des photos et vidéos officielles à l’aéroport ont été mises en ligne.

Le voyage de toutes les tensions

Seulement, l’annonce du départ de Paul Biya pour le Vieux continent, chose qui pourrait paraître banale sous d’autres cieux, a déclenché une vague d’agitation tous azimuts. Pourquoi? En effet, les activistes de la Brigade anti-sardinards (BAS), -un mouvement né au sein de la diaspora camerounaise au lendemain de la présidentielle d’octobre 2018 et qui ne manque pas une occasion de réclamer ouvertement, sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, le départ du Président au pouvoir depuis 1982-, se sont mis en branle, promettant de troubler le séjour du couple présidentiel. D’ailleurs, ces derniers ont tout de suite annoncé un gigantesque rassemblement devant l’hôtel Intercontinental le 17 juillet prochain. Si au départ du Cameroun, le pays de destination du Président n’a pas été communiqué, de nombreuses sources indiquent qu’il s’y trouve bien. À l’annonce des manifestations, l’ambassadeur du Cameroun à Berne, a tout de suite répliqué le 12 juillet, dans un communiqué où il se dit «outré  par ce projet qui vise «à déstabiliser» les institutions en s’en prenant «à celui qui les incarne, à savoir S.E Paul Biya». L’ambassadeur appelle les Camerounais vivant en Suisse et dans les autres pays européens à ne pas «s’associer aux manœuvres inacceptables visant par ailleurs à ternir l’image de notre pays et à porter atteinte aux excellentes relations d’amitiés avec notre pays d’accueil».

De leur côté, les activistes anti-Biya de la BAS et plusieurs mouvements anti-Biya de la diaspora affûtent leurs armes. Dans un courrier adressé au Président de la Confédération Suisse, ils fustigent la gestion des crises au Cameroun par Paul Biya et annoncent leur intention d’organiser «une manifestation à Genève pour exprimer [leur] désapprobation vis-à-vis de la présence de ce dictateur d’un autre siècle sur le territoire Suisse». Un séjour d’autant plus incompréhensible pour eux qu’il ne semble pas directement lié à l’exercice des fonctions du Président de la République. Ces «séjours privés» dont l’objet n’est pas évoqué, nourrissent d’ailleurs à chaque fois toutes les supputations.

L’Europe, terre de la résistance camerounaise?

Les menaces de cette diaspora anti-Biya sont bien prises au sérieux par les officiels camerounais ou suisses à en juger par le cordon de sécurité déjà présent devant l’Intercontinental. La police cantonale de Genève a annoncé mardi 14 juillet la mise sur pied d’un dispositif spécial en vue d’encadrer les manifestations annoncées samedi prochain.

En effet, la force de mobilisation de ces militants n’est plus à démontrer. Mi-juin 2019, lors de son dernier voyage en Suisse, Paul Biya et sa délégation avaient dû interrompre leur séjour à cause des troubles incessants causés par ces activistes. Des centaines de Camerounais, venus de plusieurs pays européens, avaient essayé de s’approcher de l’Intercontinental, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre de la Confédération à coups de gaz lacrymogène et de balles en plastique. Écœurés par les crises sociopolitiques dans leur pays et la gestion des affaires, ils étaient venus exiger de Paul Biya qu’il retourne au Cameroun.

En réaction aux crises sociopolitiques dans leur pays, de nombreux Camerounais installés en Europe expriment de façon régulière et bruyante leur mécontentement. Début juillet déjà, des centaines d’entre eux hostiles au pouvoir de Yaoundé ont manifesté place de la République à Paris. Ils s’indignaient des massacres dans les régions séparatistes du Cameroun, fustigeant aussi la «mal gouvernance» dans leur pays et réclamant pour certains, la libération des «prisonniers politiques» et pour d’autres, le départ de Paul Biya. Bien que loin de leur contrée d’origine, ces séries de manifestations en terre européenne agacent de plus en plus Yaoundé. Pour les défenseurs de Paul Biya, ces actes «ternissent l’image» du pays et portent même «atteinte aux institutions de la République».

Grégoire Owona, ministre du Travail et secrétaire général adjoint du parti au pouvoir, réagit à l’annonce des manifestations visant à troubler le séjour de Paul Biya.

Si le débat a cours dans le pays sur l’impact de telles manifestations à l’étranger, dans la bataille politique, beaucoup d’observateurs comme le chercheur camerounais Hippolyte Éric Djounguep constatent que, «L’Europe est devenue un espace géopolitique où plusieurs acteurs et autres activistes peuvent s’exprimer librement et efficacement. Ce qui est encore difficile au Cameroun».

«Ainsi le jeu politique national s’est déporté en terre européenne et animé par une diaspora qui estime qu’elle a l’impérieux devoir de résistance face aux crises internes, à la spoliation des libertés et du droit légitime de manifester étouffée dans leur pays d’origine», souligne pour Sputnik le chercheur en géopolitique et géostratégie à l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (ESSTIC).

Alors que le pays fait face à l’une des plus graves crises de son histoire moderne et que son unité est mise à rude épreuve, Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 39 ans, résiste. Va-t-il plier face à ces multiples pressions orchestrées par une partie de la diaspora camerounaise avide de changement?



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