Tirs turcs sur un garde-côte chypriote et visite de l’île: Erdogan cherche à remonter dans les sondages

libre info france

Un navire turc a ouvert le feu sur une embarcation de gardes-côtes chypriotes, quatre jours avant la visite du Président Erdogan dans le nord de l’île, le 20 juillet. En difficulté dans les sondages, le chef d’État tirerait sur la fibre nationaliste, selon Joëlle Dalègre, spécialiste des relations gréco-turques.

Un an après avoir illuminé une frégate française en Méditerranée orientale, la marine turque aurait une nouvelle fois révélé son agressivité. Cette fois, une de ses vedettes a tiré des coups de semonce en direction d’un vaisseau chypriote, dans la nuit du 15 au 16 juillet. D’après l’agence d’information chypriote CNA, le navire, un garde-côte, patrouillait dans la région de Kato Pyrgos Tylliria, dans l’ouest de l’île. De leur côté, des sources diplomatiques turques contactées par l’AFP ont démenti tout tir depuis un de leurs bateaux ou d’un vaisseau de la République turque de Chypre du Nord contre un patrouilleur chypriote.  

Un événement qui «est à mettre en perspective avec la visite de Recep Tayyip Erdogan dans la République turque de Chypre du Nord, ce 20 juillet», précise Joëlle Dalègre. En exhumant le dossier chypriote, le chef d’État anatolien souhaiterait améliorer son image auprès de son opinion publique. Il a annoncé la venue d’une «importante délégation».      

Bruxelles met en garde Erdogan

Le maître d’Ankara est censé se rendre dans le nord de l’île pour assister aux cérémonies de la Journée de la paix et de la liberté en République turque de Chypre du Nord (RTCN). Le 20 juillet est le jour de la célébration annuelle de la prise du nord de l’île par la Turquie en 1974. Une date que les Turcs considèrent comme la libération de «leurs» terres.

Recep Tayyip Erdogan l’a assuré, il annoncera de «bonnes nouvelles» lors de sa visite. Mais de bonnes nouvelles pour qui? «J‘espère que, avec nos cérémonies de cette année, nous transmettrons les meilleurs messages possibles pour l’établissement de la paix mondiale à la fois sur l’île et dans le monde entier», a-t-il déclaré aux journalistes après la prière de ce vendredi 16 juillet.    

Un sujet très sensible pour l’UE

Ces messages de paix seront-ils entendus? Joëlle Dalègre en doute.   

«Erdogan n’a pas changé le moins du monde ses intentions et ses projets concernant Chypre. Il souhaite toujours faire de la République turque de Chypre nord (RTCN) un État reconnu par la communauté internationale», explique-t-elle.

Une position délicate pour le dirigeant turc: malgré ses tentatives d’apaisement avec l’UE ces derniers mois, celui-ci sera, selon toute vraisemblance, amené à réaffirmer la souveraineté de la RTCN. Une position irrecevable pour Bruxelles.

D’ailleurs, des avertissements préalables à cette visite ont déjà été émis. La présidente de l’Union européenne a mis en garde Ankara contre une possible escalade à la suite de la visite de Recep Tayyip Erdogan sur l’île.

«C’est un sujet très sensible pour nous. Et nous sommes très clairs sur le fait que nous allons bien sûr observer comment cette visite va se dérouler et sur le fait que nous n’accepterons jamais, jamais, en tant qu’Union européenne, une solution à deux États», a déclaré Mme von der Leyen à la presse à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles, le 25 juin.

«Des messages clairs ont été envoyés. Je l’ai dit personnellement au Président. Donc, c’est à lui maintenant d’envoyer un signal positif», a ajouté la dirigeante. 

Mais le responsable turc a déjà annoncé la couleur: il se rendra mardi à Varosha, symbole de la division de Chypre. Située au sud-est de l’île, la cité balnéaire, fuie par ses habitants en 1974, est devenue une ville fantôme, zone militaire sous contrôle direct d’Ankara, inaccessible derrière les barbelés. Une provocation pour les Chypriotes grecs et leurs soutiens européens.  

Ce 13 juillet, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a indiqué qu’il espérait que l’Union ne serait pas contrainte de tenir des réunions extraordinaires en réponse aux déclarations que M. Erdogan pourrait faire au sujet de Varosha lors de sa visite dans le Nord la semaine prochaine.

Présidentielle turque 2023

Peu importe ce que pense Bruxelles, estime la spécialiste des relations gréco-turques, la priorité pour le Président Erdogan, c’est de séduire à l’intérieur de ses frontières. L’UE peut attendre.  

Alors que se profile une élection cruciale en 2023, Recep Tayyip Erdogan doit récupérer des points. Mansur Yavas, maire d’Ankara, et Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul, sont tous les deux devant lui dans les sondages pour la prochaine échéance présidentielle, avec respectivement 14 et 12 points d’avance.  

​Compte tenu de son incapacité à inverser une conjoncture économique négative, Joëlle Dalègre estime qu’un tel déplacement dans le nord de l’île devrait jouer sur la fibre nationaliste. L’agression navale que vient de subir la marine chypriote en serait, aussi à l’en croire, une conséquence.   

«Il sait que l’Europe préfère regarder ailleurs», explique-t-elle, prédisant que Bruxelles n’ira pas au-delà de la réprimande.

En attendant, Chypre, reste coupée en deux depuis l’invasion turque du nord de l’île en 1974. Depuis plus de quarante ans, les tentatives de médiation onusiennes échouent toutes les unes après les autres. En 2004, le plan Annan, du nom de l’ancien secrétaire général des Nations unies a failli aboutir à une solution, pour finalement tomber à l’eau.  

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