Quelle justice pour les militaires? Après leur tribune, l’État condamne mais les Français soutiennent

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Une semaine après sa parution, la tribune de militaires appelant au rétablissement de l’ordre dans le pays ne passe pas. Le chef d’état-major des armées vient de promettre des sanctions pour les signataires toujours en service et la classe politique s’écharpe sur le sens réel du texte. Mais les citoyens semblent plus compréhensifs. État des lieux.

Où s’arrête l’engagement militaire, où commence la vie civique? La question fait l’objet d’intenses débats depuis la publication d’une tribune de militaires qui ne laisse personne indifférent et semble aller au delà de ses intentions premières.

Pour le Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense Nationale, une telle médiatisation est due aux récupérations politiques «de part et d’autre de l’échiquier», et ne sert pas la fonction militaire.

«Il y a eu une exploitation à des fins politiques et c’est bien cela qui est dommageable. La plupart des généraux signataires, qui ont quitté depuis bien longtemps le service actif et ne sont plus en lien réel avec les forces armées, ont  donc commis une faute, car cette récupération ternit l’image de l’armée» explique-il à Sputnik.

Et si des condamnations sont d’ores et déjà prévues, celles-ci ne semblent pas justifiées aux yeux de tous.

Divisions françaises

Ainsi donc, après la très critiquée main tendue de Marine Le Pen aux généraux réclamant «un retour de l’honneur de nos gouvernants», c’est au tour de sa nièce de réagir.

Invitée sur BFM TV ce 29 avril, Marion Maréchal fustigeait une manoeuvre de diversion et déniait tout appel à l’insurrection dans ce texte qui souffre différentes interprétations et divise l’opinion.

Aussi, certains, au gouvernement comme dans l’opposition ou dans la société civile, accusent depuis plusieurs jours les signataires —au départ une vingtaine de généraux à la retraite— d’organiser un putsch. Les principaux concernés ont beau s’en dédire et arguer qu’il s’agit, au contraire, d’un message visant à prévenir une éventuelle guerre civile, rien n’y fait.

De même, Jean-Pierre Fabre-Bernadac — le général en retraite à l’origine de la tribune — se défendait, cette semaine au micro de Sputnik ,d’avoir voulu provoquer un coup d’État mais affirmait au contraire avoir voulu prévenir les dirigeants du danger qui guette. Là aussi, trop tard, le mal est fait et des sanctions sont déjà réclamées de part et d’autres.

Les commentateurs politiques et autres éditorialistes se déchirent même sur le sujet, les uns y voyant l’oeuvre de «séparatistes» d’extrême-droite, les autres dénonçant la malhonnêteté intellectuelle des détracteurs.

Tout en admettant la difficulté du climat actuel, Général Pellistrandi estime, lui, qu’ils sont allés trop loin et y voit «l’inscription d’un discours militaire dans un cadre politique, utilisant des termes extrêmes clivants qui prêtent à confusion».

Du reste, l’interprétation n’est pas le seul motif de grief suscité par la tribune et beaucoup dénoncent le non respect du silence qui incombe aux serviteurs de l’État.

Devoir de réserve contre devoir d’agir?

Le devoir de réserve qu’est tenu d’observer un militaire en fonction n’est censé s’arrêter qu’après la mise en retraite de celui-ci. Or, pour le Général de brigade dans l’armée de terre, la chose n’est pas si simple.

«Le devoir de réserve implique une loyauté à l’égard de l’institution militaire et une neutralité politique. Il est possible de s’exprimer sur des sujets liés aux enjeux de défense mais le titre de général ne doit pas servir d’autres intérêts, même après la retraite. Cela fait partie du contrat moral» insiste Jérôme Pellistrandi.

De plus, parmi les quelques 10.200 signatures atteintes au 28 avril, tous ne seraient pas en retraite. Un vingtaine d’entre eux, dont quatre officiers, outrepasseraient les limites de leur fonctions, ce qui, selon la loi est bel et bien condamnable.

Après la ministre des armées, Florence Parly, qui annonçait réclamer «des sanctions» pour les militaires d’active — ceux toujours en service — voici donc que le chef d’état-major des armées se prononce, lui aussi, sur le sort des «factieux».

Légitimant des sanctions plus lourdes pour les plus gradés, François Lecointre annonçait tenir dans les prochains jours un conseil supérieur militaire. À l’issue de celui-ci, le Président de la République pourrait décider de leur radiation. «Ces officiers généraux vont passer chacun devant un conseil supérieur militaire. Au terme de cette procédure, c’est le président de la République qui signe un décret de radiation», précise le général Lecointre, lequel ajoute souhaiter leur mise à la retraite. Pour Jérôme Pellistrandi, il s’agit là d’une réaction tout a fait justifiée compte tenu des «responsabilités que doit assumer le chef d’état-major». Pour autant, la sentence n’est pas partagée par le reste de la population, loin s’en faut.

De fait, un récent sondage réalisé par Harris Interactive sur un échantillon de 1.613 personnes met en évidence le soutien de 58% d’entre eux envers les militaires concernés tandis que les deux tiers des sondés ne souhaitent pas que les signataires soient sanctionnés.

Plus édifiant encore, près d’une personne sur deux estimerait même que l’armée doit intervenir pour garantir l’ordre même sans la sollicitation du gouvernement.

Les citoyens semblent donc avoir choisi leur camp dans le bras de fer opposant une partie de l’armée à l’État, mais l’opposition des uns aux autres n’a «pas de sens» si l’institution elle-même est «entachée», avertit le général des armées.



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