Public et personnel «réticents» au pass sanitaire, des cinémas indépendants contournent l’obstacle

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Le champ d’application du pass sanitaire s’étend à partir de ce 21 juillet: désormais, tout lieu culturel accueillant plus de cinquante personnes doit contrôler ses spectateurs à l’entrée. Face à cette contrainte, le directeur du cinéma parisien d’arts et d’essai l’Archipel limite la jauge de sa salle. Et il n’est pas seul.

Chose promise, chose due. Par décret gouvernemental, cinémas, musées ou théâtres accueillant plus de 50 personnes ne sont plus ouverts à tous. Il faut désormais présenter un pass sanitaire à l’entrée. Un coup dur pour les lieux culturels fermés pendant neuf mois et qui depuis le 19 mai dernier commençaient tout juste à sortir la tête de l’eau.

«Moi, je suis légitimiste et je fais ce que l’État me dit», déclare, face à cette nouvelle contrainte Fabrice Roux, l’un des administrateurs des «Cinémas indépendants parisiens», une association qui regroupe 31 salles dans la capitale. Néanmoins, ce directeur du cinéma l’Archipel, qui comprend deux salles (88 et 105 places), a suffisamment de liberté d’action pour satisfaire son public sans transgresser les exigences des décrets gouvernementaux.

«J’ai pris la décision de demander à mes équipes de limiter l’accès. C’est un réglage sur les caisses. On a bridé le système de billetterie à 50 places et on a mis des écriteaux à l’entrée pour prévenir de cette décision», détaille Fabrice Roux.

D’autres salles de cinéma un peu partout en France –à Verdun, Toulouse, Poitiers ou Avignon– ont aussi opté pour la solution d’abaisser la jauge à 49 spectateurs et n’envisagent donc pas de contrôler les cinéphiles à l’entrée. Fabrice Roux préfère cette politique d’accueil, parce que «pour le public, cette mise en place est arrivée un peu vite

«On n’est pas équipés, on n’a pas de personnel pour ça. Surtout, on n’est pas habitués à contrôler les identités. Contrôler le pass sanitaire sans contrôler l’identité ne veut pas dire grand-chose.»

Et pourtant, Jean Castex vient d’annoncer que la vérification de l’identité des clients ne relevait finalement pas de la responsabilité des établissements soumis au pass sanitaire. Un soulagement pour ce gérant de cinéma, bien que cela mette en cause l’efficacité même du pass.

En plein été, des pertes limitées

En cette période de l’année, «comme les gros films ne sont pas sortis», ce directeur juge que le pass sanitaire ne changera pas la donne… dans l’immédiat.

«Je vais voir comment faire à la rentrée. Dans l’immédiat, je suis d’avis que ça n’aura pas d’incidence financière sur les 15 jours qui viennent.» Par contre, «ça va nous gêner pour les soirées que l’on organise: les rétrospectives, les rencontres avec la présence de l’équipe du film ou du réalisateur où nous réunissons facilement 150 personnes», regrette Fabrice Roux.

Pour illustrer ses craintes, l’administrateur décrit sa récente expérience au Festival d’Avignon «où les salles sont pleines et pour les salles de spectacle, ça va être un vrai problème.»

«Je pense que les Français sont un peu rebelles et [le dispositif, ndlr] risque d’en énerver certains. Même s’ils ne sont pas anti-vaccin par principe, ils peuvent se monter réticents. Je pense qu’il y aura des désistements», conclut Fabrice Roux.

L’État a promis des aides exceptionnelles à la filière cinéma, durement touchée par la crise sanitaire. Le plan de relance annoncé le 12 avril dernier prévoit l’affectation de 165 millions d’euros, via le Centra national du Cinéma et de l’image animée (CNC), au soutien des filières audiovisuelle et cinématographique.

Mais l’intention d’«assurer la viabilité des salles de cinéma […] en allant chercher le public de demain sur tous les territoires» (pour laquelle la ligne budgétaire s’élève à 34,3 millions d’euros) pourrait bien se heurter à la réticence des Français «un peu rebelles».

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