Pass sanitaire dans les trains: casse-tête des cheminots face à la tâche de «supplétifs de la police»

libre info france

Devant l’extension du pass sanitaire aux trains interrégionaux, le personnel de la SCNF craint de devoir exercer une surveillance policière sur les usagers. Malgré le caractère «aléatoire» des contrôles annoncé par le ministre délégué aux Transports, les syndicats de la branche ferroviaire tirent la sonnette d’alarme.

«Nous sommes opposés au pass sanitaire, qu’on juge comme une atteinte à la liberté de déplacement. Pour nous, c’est un contrôle de population et non un pass sanitaire.»

Secrétaire général adjoint de la Fédération FO Cheminots, Daniel Ferté ne mâche pas ses mots devant le micro de Sputnik! La prochaine extension du pass sanitaire aux transports publics de longue distance ne fait pas le bonheur du personnel de la filière. En attendant la validation de la loi relative à la gestion de la crise sanitaire par le Conseil constitutionnel, Jean-Baptiste Djebbari, le ministre des Transports, a annoncé que le laissez-passer pourrait entrer en vigueur «entre les 7 et 10 août» prochains.

De son côté, le syndicaliste reste persuadé que, comme «on ne peut pas empêcher les gens de voyager», le seul résultat de ces contrôles sera une application d’amendes. Or «ça ne réglera pas le problème» selon lui.

«On demande que ce soit l’État qui assume ses décisions, que ça ne tombe pas sur les cheminots. Nous ne sommes pas des supplétifs de la police», tempête le syndicaliste.

L’organisation représentative dit ne pas vouloir appeler les agents à refuser ces contrôles. Mais elle lance un avertissement: on risque de voir se multiplier les situations conflictuelles à bord des trains. Là, «si les agents en font objet, ils ont le droit de se retirer de ces situations», précise notre interlocuteur.

Pas d’obligation de vaccination pour les agents SNCF

Le texte actuel de la loi ne prévoit pas d’obligation vaccinale pour les cheminots, ceux-ci n’étant pas en contact avec les personnes fragiles. Daniel Ferté juge pourtant la démarche «un peu hypocrite».

«Les agents qui travailleront dans les trains où on exige un pass sanitaire seront dans l’obligation d’avoir un pass sanitaire aussi. On ne les oblige pas à se faire vacciner, mais à terme ça revient au même. À part faire un test PCR tous les deux jours, ils n’auront pas d’autre choix.»

Bien que la direction puisse toujours reclasser l’agent dans un autre service, les étapes de cette «persuasion» administrative des récalcitrants, annoncée par la ministre du Travail, font débat. D’autant plus que, pour les cheminots, éloigner un agent du contact avec le public équivaut à une perte financière. «Les agents qui travaillent à bord des TGV ont des salaires plus élevés. Si on les reclasse, ils vont perdre des revenus», rappelle le syndicaliste.

Complications lors du «repos hors résidence»

Tout comme les pilotes, les personnels roulants à la SNCF ne dorment pas toutes les nuits dans leur lit. Lors des discussions autour du texte de la loi, les sénateurs communistes se sont préoccupés du sort des équipages en «repos hors résidence» (RHR) qui «représentent environ 1.600 personnes chaque jour, dans 86 sites sur l’ensemble du territoire».

Même si cela ne pose pas de problème pour l’hébergement dans les foyers ou hôtels partenaires, l’accès aux salles de restauration, a priori, sera soumis au pass sanitaire.

«La direction parle de faire livrer des repas dans les chambres. Ça pose un problème, parce que celui qui n’a pas de pass sanitaire passerait sa vie en cellule. Il serait obligé, à l’arrivée, d’aller dans sa chambre et d’y rester», explique Daniel Ferté.

Ainsi, même si la convention collective nationale de la branche ferroviaire détaille minutieusement les horaires à ne pas dépasser et les repos compensateurs à prévoir, certaines applications du sésame covidesque risquent d’alourdir les contraintes d’exercice du métier.

Le ministre a parlé, mais trop tôt

Pour l’instant, les syndicats et la direction se regardent en chiens de faïence, sans entrer en négociation, puisqu’«il n’y a rien de concret». Les explications publiques du ministre délégué aux Transport ont laissé beaucoup de zones d’ombre, en attendant que le texte, actuellement examiné par le Conseil constitutionnel, soit promulgué vers le 7 août.

«Du point de vue sanitaire, pour nous, il n’y a rien qui tienne la route. Il faut un pass sanitaire dans les restaurants, mais pas dans les restaurants d’entreprise? Quelle est la différence? Le pass est obligatoire sur Lille-Paris qui prend une heure en TGV, mais pas sur Lille-Rouen qui prend trois heures en TER. Parler de distance n’a pas de sens, il faudrait parler de temps de parcours, si on veut avoir quelque chose de logique», suggère Daniel Ferté.

Le représentant de la Fédération FO Cheminots juge qu’«il faut attendre les décrets d’application», puisque là on «verra bien ce que la direction en fait».

Faute d’avoir «des réponses à toutes les questions», le syndicaliste assure que la situation demeure «pour le moins inquiétante»…

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