«L’homme le plus puissant des USA, c’est l’État profond. Et c’est Kamala Harris qui va diriger cet État profond»

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Joe Biden a déclenché une stratégie de séduction mondiale en s’en prenant frontalement à certains chefs d’État, notamment ceux de Russie et de Chine. Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France et l’auteur du livre «Les guerres de Syrie» (Éd. Glyphe), analyse la nouvelle diplomatie américaine pour le Désordre mondial.

Joe Biden a pris ses fonctions avec le slogan «l’Amérique est de retour» et en promettant que les alliances traditionnelles de Washington, qu’il jugeait abîmées par son prédécesseur, seraient rétablies.

Il avait déclaré, au cours de sa campagne, que sa vision était celle d’un leadership américain mondial. Qu’en est-il en réalité? Le département d’État semble brasser beaucoup d’air: son secrétaire d’État Antony Blinken donne son avis sur les événements et conflits mondiaux, et abreuve les alliés traditionnels des États-Unis de belles paroles. 

Alors, la politique de l’«Amérique d’abord» de l’ancien Président Donald Trump est-elle toujours en vigueur? Et comment Joe Biden fait-il face à ce qu’il a lui-même défini comme son plus grand défi de politique étrangère: celui de contrer la menace chinoise envers les intérêts américains?

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France et auteur du livre Les guerres de Syrie (Éd. Glyphe), commente les premiers pas diplomatiques de la nouvelle équipe américaine:

«Il n’y a pas de rupture notable entre la politique de Joe Biden et celle de Donald Trump. Les deux ont une politique antichinoise et antirusse. Même si pour Trump, avec la Russie, il y avait moyen de moyenner alors que Biden a fait un recentrage de l’hostilité envers Moscou comme ennemi numéro un.»

Comment le reste du monde a-t-il accueilli cette «nouvelle face» de l’Amérique et ses ambitions de leadership mondial? L’ancien ambassadeur estime que Joe Biden n’a pas la stature ni les pouvoirs pour cela.

«Plus personne ne croit au leadership de l’Amérique, à sa bonne volonté, à sa bonne foi, à son désir de rendre le monde meilleur, plus pacifique, et plus démocratique. L’homme le plus puissant des États-Unis n’est pas le Président américain, c’est ce que l’on appelle l’État profond et il est très bien représenté dans l’entourage de Biden. Trump n’a jamais pu lutter contre eux. Et celle va diriger l’État profond, c’est la vice-présidente Kamala Harris.»

La première rencontre diplomatique entre la Chine et les États-Unis en Alaska n’a pas été sans turbulences. Michel Raimbaud  n’est pas surpris par cet état de fait et déplore le choix des sujets:

«Ouïghours, droits de l’Homme, Taïwan… ce ne sont que des sujets qui sont polémiques pour les États-Unis. Pour une première prise de contact avec la Chine, cela n’a pas pu bien se passer.»

De son côté, quelle a été la réaction de l’Europe face à ce nouveau visage souriant de l’Amérique?

«Les Européens étaient trop contents de voir un chef d’État qui avait de bonnes manières et qui était un peu plus prévisible que Donald Trump. Je ne sais pas ce que l’Europe attend de Joe Biden. Par contre, Biden, lui, attend de ses alliés qu’ils resserrent les rangs autour de l’Amérique, l’axe du bien et tutti quanti…», considère l’ancien ambassadeur.

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