Le Qatar, acteur incontournable dans les négociations sur le nucléaire iranien?

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Le chef de la diplomatie qatarie s’est rendu à Washington et à Téhéran à trois jours d’intervalle. Deux visites témoignant du rôle grandissant de médiateur auquel aspire l’émirat. Pour Pierre Berthelot, spécialiste du Moyen-Orient, Doha pourrait même s’avérer décisif en tant qu’intermédiaire sur le nucléaire iranien.

«Les planètes semblent alignées pour que le Qatar joue à nouveau un rôle majeur dans la résolution des conflits régionaux et internationaux.»

Directeur de la revue Orients stratégiques, Pierre Berthelot évoque ainsi les récentes visite du ministre qatari des Affaires étrangères à Washington jeudi dernier, puis à Téhéran le dimanche. Officiellement, les deux visites ne sont pas liées. Sur le papier, le déplacement «inopiné» en Iran avait pour seul objectif des discussions concernant les dossiers bilatéraux. Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani a rencontré à cette occasion le Président iranien fraîchement élu, Ebrahim Raïssi.       

Gel des négociations à Vienne

Celui qui entrera en fonctions le 3 août a ainsi déclaré accorder «une importance particulière à ses relations avec Doha». La priorité de son administration en matière de politique étrangère sera les relations avec les États de sa région. «Soyez certain que l’Iran souhaite le bien de ses voisins», a-t-il assuré.   

Le Qatar «est un interlocuteur de l’Iran. Ils se sont rapprochés en raison de l’embargo saoudien. C’est un pays arabe proche de l’Iran, sans lui être inféodé», rappelle le chercheur associé à l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).

Ostracisé par l’Arabie saoudite et ses alliés régionaux de 2017 à 2021 par un embargo, Doha s’est rapproché de l’Iran durant cette période. Selon Pierre Berthelot, cette proximité pourrait concourir à la reprise des négociations sur le nucléaire iranien. Des tractations arrêtées depuis le 17 juillet.

Atouts de séduction vis-à-vis de Washington

La configuration géopolitique fait du Qatar un acteur privilégié aux yeux des États-Unis pour assurer, entre autres, la médiation avec Téhéran. 

«Depuis que Joe Biden a placardisé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le Qatar correspond plus à ce que recherchent les Démocrates à Washington dans un médiateur régional», affirme notre interlocuteur.

D’autant que le Qatar a noué une alliance très forte avec la Turquie, «qui reste un pilier oriental de l’Otan», ajoute-t-il. Un élément «important aux yeux de Washington.»   

Un médiateur parfois acteur

Le Qatar occupe une place particulière dans le jeu régional au Moyen-Orient. Doha abrite les négociations entre Washington et les talibans sur le dossier afghan. C’est également l’émirat qui fait régulièrement le lien entre les puissances sunnites du Golfe et l’Iran chiite. Le Qatar appelait encore récemment les autres monarchies du Golfe à «un dialogue franc et direct» avec Téhéran.    

«L’objectif du Qatar reste la stabilisation régionale. C’est dans cette configuration que l’émirat se porte le mieux», analyse Pierre Berthelot. 

Il est donc cohérent que la puissance gazière du Golfe s’épanouisse dans ce rôle de médiation entre Américains et Iraniens, poursuit le directeur d’Orients stratégiques. Une fonction qui sied aux Qataris «tant qu’ils ne sortent pas de leur rôle de médiateurs comme ils l’ont fait lors des printemps arabes», précise notre intervenant.

En effet, celui-ci rappelle que, par le truchement d’Al Jazeera notamment, le Qatar, proche de la mouvance des Frères musulmans*, était un peu sorti de ce rôle d’intermédiaire lors des printemps arabes. Dans certains pays, du moins. Dans une interview au Financial Times, en avril 2012, le prince Hamad Al-Thani affirmait: «Les islamistes modérés peuvent aider à combattre les idéologies extrémistes.» Il appelait à ne pas en avoir peur, mais à coopérer avec eux. Comme le souligne une publication académique intitulée «L’implication du Qatar dans les révolutions arabes : stratégie d’influence ou OPA?» (reprise dans Confluences méditerranéennes, 2013, Éd. L’Harmattan), ce soutien politique revendiqué aux mouvements islamistes «se serait surtout traduit par un appui financier conséquent au parti Ennahdha en Tunisie et aux Frères musulmans* en Égypte, grands vainqueurs des premières élections démocratiques». L’émirat avait alors revêtu son costume d’«acteur» régional visant à faire avancer ses intérêts dans des crises étrangères. Et il ne se gênerait sans doute pas pour tirer profit de sa médiation sur le nucléaire iranien…

* Organisation terroriste interdite en Russie.

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