Le marchandage israélien avec Gaza n’est pas près de voir le jour

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Le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid a proposé un deal avec Gaza: des investissements contre un retour «au calme». Pour la réussite de ce plan, Tel-Aviv aurait besoin de l’Égypte. Or, pas certains que les Palestiniens acceptent. Analyse.

Et si Israël voulait faire la paix avec Gaza?

Le ministre israélien des Affaires étrangères, le centriste Yaïr Lapid, a présenté le 12 septembre un projet visant à améliorer les conditions de vie des habitants de l’enclave gazaouie en contrepartie d’un engagement «au calme» de la part du Hamas.

«Pendant trop longtemps, les seules deux options étaient conquérir Gaza ou des violences sans fin. Or, ce sont deux mauvaises options», a-t-il déclaré.

Ainsi pour pacifier son voisinage proche, Tel-Aviv miserait sur un marchandage investissement contre sécurité.

Gaza, «une prison à ciel ouvert»

Sans entrer officiellement en négociation avec le Hamas, considéré comme terroriste par l’État hébreu, le plan israélien prévoirait dans un premier temps de réparer les lignes électriques, de connecter le gaz et de construire une usine de dessalement au large du littoral gazaoui. Et si les conditions sont respectées, cela permettrait de préparer au mieux «de futurs pourparlers» entre les deux parties adverses.

Toutefois, «il n’y a pas un dirigeant israélien qui n’ait pas proposé une paix économique avec les Palestiniens», relativise au micro de Sputnik Sylvain Cypel, ancien rédacteur en chef au Monde:

«Ce n’est pas nouveau, de tout temps Israël a proposé une sorte de troc investissement contre paix sociale. Mais cela n’a jamais marché car ils [les Palestiniens, ndrl] devaient renoncer à leurs droits nationaux. Netanyahu a passé son temps à proposer la paix économique avec tous les Palestiniens. Tous les politiques israéliens ont eu cette illusion de pouvoir passer outre le règlement du conflit par le biais d’un marchandage.»

Il rappelle à ce propos les efforts de l’ancien Premier ministre Netanyahu dans le cadre du plan de paix proposé par Donald Trump. L’ancien locataire de la Maison-Blanche en avait fait un des principaux objectifs de son mandat. Cet accord de janvier 2020 visait à investir plus de 50 milliards de dollars pour permettre le développement d’un État palestinien indépendant. Ayant exprimé leur farouche opposition, les Palestiniens –Fatah et Hamas compris– avaient refusé catégoriquement ce plan, jugé en faveur d’Israël.

Aujourd’hui, face à l’urgence humanitaire dans l’enclave gazaouie, le nouveau gouvernement israélien semble adopter la politique de la main tendue. La situation économique laisse en effet à désirer.

«Les habitants vivent dans une prison à ciel ouvert», souligne l’auteur de ‘L’État d’Israël contre les Juifs’ (Éd. La Découverte).

Outre la question de l’aide internationale pour la reconstruction de Gaza se pose le problème démographique. Le territoire de 362 km² est peuplé de plus de 2 millions d’habitants «mais aujourd’hui, la problématique de Gaza est uniquement vue sous le prisme sécuritaire et non démographique», remarque Sylvain Cypel.

Plus de 4.000 roquettes sur Israël

Et pour parvenir à ses fins, Israël miserait sur ses relations avec l’Égypte. Depuis 2007 et l’arrivée au pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, les deux pays ont mis en place un blocus terrestre et maritime. Les services de renseignement égyptiens et israéliens travaillent conjointement pour limiter l’influence du parti islamiste. À ce propos, Yaïr Lapid a déclaré le 12 septembre dernier que le plan israélien ne pourrait voir le jour «sans l’engagement de nos partenaires égyptiens». Le lendemain, le Premier ministre israélien Naftali Bennett était à Charm el-Cheikh pour rencontrer le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

C’est la première rencontre diplomatique entre les deux pays en dix ans. L’Égypte est en paix avec Israël depuis les accords de Camp David en 1979. Le gouvernement égyptien s’efforce de jouer les médiateurs dans le conflit israélo-palestinien. D’ailleurs, dix jours plus tôt, il avait également reçu le 2 septembre le chef de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour tenter de peser favorablement sur de futurs pourparlers. «Les Israéliens savent qu’ils ne peuvent pas résoudre le problème épineux de Gaza sans l’Égypte», résume le journaliste:

«Le voyage de Bennett est un succès diplomatique. Il y a toujours eu des accords avec l’Égypte. Les Israéliens ont été ahuris par la précision des missiles gazaouis et par leur portée. Cela veut dire qu’il y a eu des failles sécuritaires à ce niveau-là car du matériel iranien a dû rentrer dans la bande. Donc Israël s’est rendu compte qu’il fallait renforcer les liens avec l’Égypte pour raffermir l’étanchéité de l’entrée par Gaza.»

En effet, lors de la guerre express du 10 au 21 mai dernier opposant Tsahal au Hamas, plus de 4.000 roquettes avaient été tirées sur les territoires israéliens. «Les tirs ne touchaient plus seulement Ashkelon, ils touchaient également Tel-Aviv et Jérusalem», précise Sylvain Cypel. Ce conflit a coûté la vie à 260 Palestiniens, dont plus de 65 enfants, et 13 côté israélien.

Et c’est une nouvelle fois la diplomatie égyptienne qui a permis la fin des hostilités. Multipliant les déplacements, le chef du renseignement égyptien Abbas Kamel était venu à Jérusalem le 30 mai pour rencontrer l’ancien Premier ministre Netanyahu avant de se rendre à Ramallah puis à Gaza. «Tel-Aviv compte sur l’Égypte pour coordonner son initiative économique et sécuritaire dans la bande de Gaza», constate ainsi l’ancien rédacteur en chef du Monde.

Le Hamas et l’Autorité palestinienne unis

Malgré la médiation égyptienne sur la question gazaouie, sans l’accord palestinien, rien ne verra le jour. Et pour l’instant, c’est un refus catégorique. Si prompts à se diviser sur des problèmes de gouvernance et de leadership, le Hamas et l’autorité palestinienne ont tous deux fustigé les propositions de Yaïr Lapid.

«L’ennemi [Israël, ndrl] a recouru à diverses propositions afin d’affaiblir la résistance, et il n’a pas réussi. Le recours à un tel plan indique son incapacité à faire face à la résistance et au peuple palestinien», a notamment déclaré le porte-parole du Hamas Hazim Qasim. Même son de cloche du côté du Fatah. «Il doit y avoir un processus politique sérieux basé sur le droit international, pour mettre fin à l’occupation et lever le blocus», a appelé le Premier ministre de l’autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh.

En d’autres termes, le nouveau plan israélien ne semble pas du goût des Palestiniens.

«Un accord peut être envisageable si les autorités israéliennes promettent des infrastructures portuaires, la maîtrise de l’électricité. Il faut savoir qu’on ne peut pas pêcher un poisson ou allumer l’électricité sans l’accord des Israéliens à Gaza. Il n’est pas exclu qu’il y ait un accord s’il n’est pas humiliant pour la partie palestinienne et il tiendra jusqu’au prochain bombardement israélien ou jusqu’à la prochaine roquette du Hamas», prédit le spécialiste du conflit israélo-palestinien.

Et il n’aura fallu attendre qu’une soirée pour voir la reprise des hostilités entre les deux parties. Peu après l’annonce du plan Lapid, le Hamas a tiré une roquette vers le sud d’Israël. Le tir a été intercepté par le dôme de fer israélien. C’est le troisième incident en l’espace de trois jours. La réponse de Tel-Aviv a été immédiate. L’aviation de Tsahal a bombardé «quatre complexes» militaires du Hamas et «l’entrée d’un tunnel terroriste souterrain».

Si accord il y a, l’essence même de l’idéologie du Hamas serait dès lors caduque, chose qu’il serait tout de même difficile de concevoir.

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