Le baccalauréat déconnecte, encore, l’Algérie

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Les autorités algériennes ont une nouvelle fois bloqué l’accès à Internet durant les épreuves du baccalauréat. Une pratique instituée pour la sixième année consécutive dans le but d’empêcher les candidats de tricher.

Couper Internet durant les épreuves du baccalauréat fait partie des «constantes nationales» en Algérie. Les utilisateurs du net l’ont une nouvelle fois confirmé du dimanche 20 au jeudi 24 juin 2021. De 8h30 à 17h l’accès aux réseaux sociaux, aux messageries et à de nombreux sites était impossible. L’objectif de ces coupures étant d’empêcher l’utilisation des moyens de communications pour tricher durant les épreuves du bac.

​Les coupures d’Internet et d’eau subies par les Algériens vues par le Hic, caricaturiste du journal El Watan.

Les engagements du Président 

Une mesure radicale qui se reproduit alors qu’au mois de septembre 2020, le Président Abdelmadjid Tebboune s’était engagé à mettre un terme définitivement aux coupures d’Internet.

«Nous avons régressé dans plusieurs domaines et le problème du débit d’internet est scandaleux. Un pays qui se dirige vers l’économie numérique, le e-commerce et le e-paiement ne saurait avancer à pas sûrs sans un débit internet fort et efficient», avait-il déclaré lors d’une rencontre avec des journalistes.

Il est évident que les promesses du chef de l’Etat n’ont pas été prises en considération. Contacté par Sputnik, Yazid Aguedal, expert en IT et manager de IT Synergy, estime que certaines sociétés ont été épargnées cette année par les coupures. «Les restrictions n’ont pas été les mêmes pour les utilisateurs du réseaux ADSL et ceux de l’internet mobile 4G», indique-t-il.

«L’ADSL entreprise, qui est une formule destinée aux professionnels, n’a pas été impactée puisque l’opérateur public Algérie Télécom n’a pas bloqué ce type de réseau. Même Facebook et les autres réseaux sociaux étaient disponibles. Sauf que de nombreuses entreprises ont subi des coupures car elles utilisent dans leurs locaux des abonnements destinés aux particuliers, qui sont beaucoup moins cher. Donc il n’y a que les abonnements professionnels qui ont continué à être connectés, contrairement aux abonnements ADSL particuliers qui ont subi des perturbations», souligne Yazid Aguedal.

Selon lui, les personnes qui ont été le plus impactés sont les travailleurs indépendants qui utilisent des abonnements fixe et mobile pour particuliers, ils n’ont pas le statut ni même les moyens d’accéder à un compte professionnel.

«Les opérateurs du commerce digital qui sont actifs dans la vente en ligne à travers les réseaux sociaux ont également subi un gros manque à gagner. La relation avec leurs clients a été rompue durant cette période car ils sont dans un concept de vente directe», ajoute-t-il.

Estimation impossible

Selon le site de monitoring Netblocks, les coupures d’Internet durant les cinq jours du baccalauréat auraient coûté plus de 509 millions de dollars à l’économie algérienne. Pour réaliser cette estimation sur l’impact économique l’outil développé par Netbloks prend en compte «des indicateurs de la Banque mondiale, de l’UIT [union internationale des télécommunications], d’Eurostat et du recensement américain».

​Yazid Aguedal est catégorique: «il est impossible d’estimer les pertes financières provoquées par ces coupures». Selon lui, en Algérie, «personne ne déclare officiellement ses ventes en ligne. Cette activité ne dispose toujours pas de cadre réglementaire». L’expert relève cependant que la démarche des autorités algériennes, qui consiste à encourager l’émergence d’une économie numérique et à couper Internet durant une période de l’année, est totalement incohérente. 

«Dans les prochaines années, le gouvernement devra revoir sa copie car il est impossible de continuer à imposer de telles mesures. C’est indéfendable, c’est mauvais pour les particuliers et pour le monde de l’entreprise. Une telle mesure n’encourage pas les investissements étrangers» ajoute-t-il.

Surtout qu’avec le développement technologique, les États ne pourront plus avoir la main sur l’interrupteur d’Internet. Un projet comme SpaceX, développé par le milliardaire américain Elon Musk, va révolutionner l’accès au haut débit.

Entre temps, les autorités algériennes continuent à sévir contre les tricheurs. Cette semaine, trente et une personnes ont été condamnées pour fraude au baccalauréat. A Sétif, ville située à 300 kilomètres à l’est d’Alger, un candidat et son cousin ont été condamnés à deux années de prison ferme pour avoir utilisé un «appareil récepteur implanté dans le conduit auditif».



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