«Idéologie libérale», «indigénisme», abandon des classes populaires: ce qui tue la gauche française

information exclusive / Libre Info

La gauche française semble plus mal en point que jamais. Les sondages semblent garantir aux candidats qui s’en réclament une déroute à la Présidentielle de 2022. Pour le politologue Frédéric Saint Clair, l’effondrement de cette famille politique est avant tout idéologique. Explications.

«La gauche s’est contentée de transformer le prolétariat ouvrier en un prolétariat immigré.»

Le politologue Frédéric Saint Clair n’y va pas par quatre chemins pour analyser le fiasco que promettent les sondeurs à la gauche française. En effet, les chances de victoire pour un candidat issu de cette famille politique sont plus minces que jamais. Si l’on en croit un sondage de l’IFOP paru dans Le Journal du dimanche du 11 avril dernier, ni Jean-Luc Mélenchon (40%), ni Yannick Jadot (47%), ni Anne Hidalgo (50%) ne parviendraient à battre Marine Le Pen au second tour dans chacun des onze scénarios testés. Et encore faudrait-il que la gauche parvînt à hisser l’un de ses (nombreux) candidats en finale, ironiseront les mauvaises langues.

«Le logiciel socialiste, commun à l’ensemble de la gauche, est en train de mourir: il est en asphyxie progressive», diagnostique notre interlocuteur.

Dans le baromètre IFOP paru le 21 mars dernier, Emmanuel Macron perd encore 4 points d’opinions favorables, chutant à 37%. Si elle gagne de son côté 2 points d’opinions positives, Marine Le Pen plafonne à 29% dans le baromètre Elabe du mois d’avril. Comment expliquer dès lors que certaines personnalités à gauche n’émergent pas pour occuper l’espace vacant? «Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de réoxygénation intellectuelle à gauche: à quand remonte le dernier livre intéressant de la part d’un intellectuel de gauche, qui serait capable de changer notre rapport au réel et d’apporter des solutions concrètes?», fait mine de s’interroger Frédéric Saint Clair. «On reste en réalité sur des modèles idéologiques qui datent du XIXe siècle, avec des fractures de lutte des classes qui ont été adaptées à des nouvelles problématiques: écologiques, racialistes, indigénistes ou décolonialistes», analyse le politologue.

«Le Pen incarne aujourd’hui le leader politique le plus proche des ouvriers»

En d’autres termes, la gauche aurait abandonné la défense des couches populaires des zones périphériques du territoire au profit de la mise en avant des demandeurs d’asile et autres personnes issues de l’immigration. Ce basculement stratégique expliquerait la montée en puissance des idées du Rassemblement national, selon un phénomène de vases communicants, poursuit l’analyste politique.

«Marine Le Pen incarne aujourd’hui le leader politique le plus proche des ouvriers et du peuple qui travaille. Elle prend en compte toutes les problématiques liées à l’ouverture des frontières et aux flux financiers: immigration, choc civilisationnel, etc. Ce que la gauche est incapable de faire», tance l’auteur de «La refondation de la droite» (éd. Salvator).

Et Frédéric Saint Clair de fustiger cette incapacité de la gauche actuelle à répondre aux problématiques des Français en offrant une alternative crédible:

«On prend en pleine face toutes les thèses américaines», argue-t-il. «Il suffit pour s’en convaincre de voir la façon dont on s’est approprié de manière si naturelle le phénomène George Floyd [du nom de cet Afro-Américain ayant succombé lors de son arrestation par des policiers américains en mai 2020, ndlr], qui ne nous concerne pas du tout! Mais on ne peut pas faire de procès qu’à la gauche à ce niveau-là. La pensée libérale accompagne cet indigénisme propre à la gauche radicale. Plus que la gauche, il faut cibler l’alliance idéologique des libéraux et de cette gauche-là», surenchérit Frédéric Saint Clair.

Pour illustrer cet échec, l’essayiste prend l’exemple de Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui le mieux placé à gauche avec 13,5% des intentions de vote d’après le sondage de l’IFOP. Loin toutefois des 19,6% des voix qu’avait obtenus le leader de La France insoumise en 2017. Cette année-là, il avait buté de justesse sur le seuil du second tour. Une décrue qui s’explique assez facilement, selon Frédéric Saint Clair. Lors de sa campagne de 2017, «les questions identitaires étaient globalement mises de côté» par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon. Il s’évertuait alors à prôner une «politique populiste, au sens noble du terme».

Des choix stratégiques hasardeux

Entre-temps, le chef des Insoumis a fait le ménage dans son parti: Georges Kuzmanovic et François Cocq, partisans d’une ligne républicaine et laïque, ont été priés de faire leurs bagages. De son côté, le conseiller régional Andréa Kotarac a pris les devants en ralliant le Rassemblement national; dans le même temps, LFI faisait élire à l’Assemblée Danièle Obono, proche de Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR), tandis que Jean-Luc Mélenchon lui-même s’affichait en compagnie de plusieurs caciques de son parti à la marche contre l’islamophobie organisée en novembre 2019 par le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), une association aujourd’hui dissoute pour ses liens supposés avec l’islam politique. 

«Pour les électeurs de gauche profondément républicains, il y a une rupture à ce moment-là. Jean-Luc Mélenchon sort du champ républicain et en paie le prix», analyse rétrospectivement Frédéric Saint Clair. Taxés d’«islamo-gauchisme» par les ministres Gérald Darmanin et Jean-Michel Blanquer, les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon ont ainsi été accusés de «complaisance» vis-à-vis de l’islam politique. Une attaque rejetée en bloc par les membres de LFI, mais qui a contribué à écorner l’image du parti.

«Cette prise de position pose un problème, car elle revient à assigner une idéologie victimaire à toute une partie de la population française ou à celle qui aspire à le devenir. Pire, en faisant de la race ou de l’identité religieuse un facteur discriminant, on nie l’article premier de la Constitution française!» ne craint pas d’affirmer le politologue.

À en croire Georges Kuzmanovic, conseiller politique de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne de 2017 et ex-orateur national de LFI, ce changement de stratégie s’expliquerait avant tout par des visées électoralistes. «Éric Coquerel [député LFI de Seine-Saint-Denis, ndlr]a théorisé ce qu’il a manqué à Mélenchon en 2017: les 600.000 voix qui faisaient défaut se trouveraient dans les “quartiers populaires”», nous confiait-il en novembre dernier. Raison pour laquelle Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis s’échineraient à «séduire» l’électorat des quartiers à forte population immigrée ou descendante d’immigrés. «Ce choix stratégique, que Les Verts et une partie du PS ont fait aussi, est totalement perdant. Rien ne dit par ailleurs que l’électorat musulman se reporte sur ces partis», assure pourtant Frédéric Saint Clair.

Une «gauche libérale ralliée à Macron»

Au-delà des changements de ligne stratégique et idéologique, la multiplication des candidatures et l’éclatement de l’offre politique à gauche pourraient également expliquer les faibles scores anticipés par les instituts de sondages. Pour le moment, trois candidats se sont officiellement déclarés dans la course à la Présidentielle (Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise, Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière et Fabien Roussel pour le Parti communiste français). Mais Anne Hidalgo, maire de Paris, l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, ainsi qu’Éric Piolle, Sandrine Rousseau et Yannick Jadot du côté d’Europe Écologie-Les Verts (terreau inépuisable en postulants) ont également fait part de leurs velléités de concourir. Sans compter le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui devrait lui aussi présenter un candidat.

«Il y a bien évidemment des querelles d’égos et des logiques de partis au sein de la gauche, mais il y a aussi un effritement idéologique propre à la gauche française, lequel lui interdit de trouver un socle commun», théorise Frédéric Saint Clair.

Et l’essayiste de se montrer très critique à l’endroit de la gauche issue du canal historique du Parti socialiste, aujourd’hui «globalement libérale et ralliée à Macron», coupable selon notre interlocuteur d’avoir versé dans un «cosmopolitisme idéaliste qui consiste à dire que n’importe qui peut vivre n’importe où».

«Cette gauche-là est deux fois coupable! Elle a ouvert les portes du pays avec la promesse d’un nouveau prolétariat immigré. C’est la gauche “Terra Nova”, coupable d’avoir rendu possibles les thèses indigénistes et racialistes. Si cette gauche n’existe plus véritablement -elle serait représentée à la rigueur par Olivier Faure [le premier secrétaire du Parti socialiste, ndlr]-, c’est elle qui a planté les ferments de ce que l’on vit aujourd’hui», s’emporte Frédéric Saint Clair.

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