Flambée de la délinquance dans les campagnes: le gouvernement «fait peser sur les forces de l’ordre sa propre incurie»

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Selon le bilan annuel du ministère de l’Intérieur, les faits de violence et de délinquance connaissent une flambée sans précédent dans les zones rurales. Faut-il tirer le signal d’alarme? Éléments de réponse avec l’ancien général de gendarmerie Bertrand Soubelet et le sociologue Christian Mouhanna.

Les campagnes françaises sont-elles en proie à une radicalisation de la délinquance? Selon le bilan annuel du ministère de l’Intérieur, révélé par Le Figaro ce lundi 11 janvier, ces territoires connaîtraient une hausse spectaculaire de la criminalité.

Les violences auraient ainsi enregistré une progression de 8% dans les régions rurales et périurbaines en 2020, toutes catégoriques confondues. Un chiffre à mettre en lien avec la baisse de plus de 5% des atteintes volontaires à l’intégrité physique dans les zones urbaines, dites aussi «zone police». À Paris par exemple, le niveau global des violences a diminué l’an dernier de plus de 10%. La Seine-Saint-Denis connaît également un reflux de plus de 5% sur l’année.

Des disparités territoriales qui pourraient s’expliquer par les deux confinements du printemps et de l’automne, si l’on en croit le général Bertrand Soubelet, interrogé par Sputnik. «Les déplacements de flux de population des zones urbaines vers les zones rurales peuvent expliquer en partie ce phénomène», décrypte le militaire, démis de ses fonctions de directeur des opérations à la Direction générale de la gendarmerie nationale en 2013. Il avait à l’époque jugé «incohérente» et «inadaptée» la lutte contre la délinquance en France.

Augmentation des violences intrafamiliales

L’interprétation pourrait aussi prévaloir en ce qui concerne la croissance importante des violences intrafamiliales signalée par le rapport du ministère de l’Intérieur, lesquelles seraient en hausse de 30%. «Le fait que beaucoup de gens soient restés chez eux explique les violences intrafamiliales», confirme celui qui est désormais le vice-président du parti Objectif France. Avant de préciser que «tout cela est mécanique: il n’y a pas d’augmentation de la violence dans l’absolu, il y a simplement un déplacement de la violence en fonction des circonstances».

Idem pour le plongeon spectaculaire des vols par effraction, lequel coïncide avec les deux confinements de l’année écoulée. Les cambriolages de résidences principales ont ainsi accusé une baisse, police et gendarmerie confondues, de plus de 44% dès le départ, puis de 71% en avril, avant de remonter progressivement à 2% de hausse en septembre, puis de replonger fortement de 51% en novembre, au moment du second plan de restriction des déplacements dicté par les autorités.

Les résultats de cette enquête sont toutefois relativisés par Christian Mouhanna, spécialiste des problématiques de sécurité, de police et de politiques pénales et auteur de La police contre les citoyens? (Ed. Champ social). Pour le sociologue, il y a avant tout «un problème de méthode» avec cette étude diffusée par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).

«Ces statistiques sont au moins autant, voire davantage, le reflet de l’activité et de l’organisation des services de police et de gendarmerie que d’une augmentation ou d’une baisse supposée ou réelle de la délinquance dans tel ou tel domaine», signale Christian Mouhanna au micro de Sputnik.

L’organisme se base en effet sur les crimes et délits déclarés et enregistrés par les autorités. La méthode diffère ainsi de l’enquête de victimation, jugée «plus sûre» par le chercheur au CNRS, qui consiste à prélever sur un échantillon de population les personnes se disant victimes de crimes et de délits. «Si l’on ferme les commissariats pendant un mois, il y aura zéro criminalité enregistrée en France», affirme ainsi notre interlocuteur.  

«Diviser les Français et faire monter la pression dans le pays»

De là à dire que les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur n’ont aucune valeur? «Il faut prendre ces chiffres uniquement comme un indicateur, lequel ne suffit pas à expliquer un phénomène social», estime Christian Mouhanna.

Si l’on en croit le bilan du SSMSI, les coups et blessures volontaires ont stagné en 2020 en territoire urbain, mais ont augmenté de 10% dans les secteurs confiés aux gendarmes. Les indicateurs cumulés des règlements de comptes, homicides et tentatives d’homicide ont quant à eux progressé de 3% en zone police et explosé en zone gendarmerie de plus de 15% par rapport à 2019.

Des données brutes qu’il faut absolument contextualiser, alerte Bertrand Soubelet, lui-même ancien responsable des opérations de la gendarmerie jusqu’en 2016.

«Le ministère de l’Intérieur, qui est censé appeler au calme, ne peut pas diffuser de tels chiffres sans fournir l’explication qui va avec. Je suis extrêmement choqué de cette communication qui continue de diviser les Français et de faire monter la pression dans le pays», fustige l’ancien général au micro de Sputnik.

Prises en tant que telles, les données statistiques dressent en effet un bilan catastrophique de la montée de la délinquance dans les campagnes françaises. Alors que les violences sur les dépositaires de l’autorité ont reculé en zone police de 15%, l’année 2020 se solde dans les zones gendarmerie par une hausse d’environ 7%, ce qui équivaut à plus de 20 agressions par jour contre les porteurs d’uniforme dans les campagnes.

«Système kafkaïen»

Là encore, le confinement et les normes sanitaires édictées par le gouvernement pourraient apporter un début d’explication. Ainsi, pour Bertrand Soubelet, «les forces de l’ordre, qui sont en première ligne, sont désormais le catalyseur du mécontentement des Français».

«Le gouvernement fait jouer le pire rôle possible aux forces de l’ordre en dictant des règles difficiles à appliquer, pour lesquelles les gens se révoltent assez facilement. La résilience des Français devient moins importante et le rapport à l’autorité change.»

Les forces de l’ordre sont-elles le bouc émissaire de la grande impopularité des mesures prises par l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire? C’est aussi la conjecture émise par Christian Mouhanna. Pour le sociologue, «l’usage de la police à tout prix pour tout contrôler, par exemple avec le système absurde des attestations de sortie qu’on se délivre soi-même, devient totalement kafkaïen et peut logiquement agacer la population».

D’où une montée possible des actes d’insubordination, voire de rébellion à l’encontre des gendarmes et des policiers. «On voit bien qu’il y a une irritation par rapport à la police, qui est surtout liée au fait que celle-ci soit utilisée par le gouvernement comme un instrument de maîtrise du débat politique», corrobore le chercheur au CNRS. Celui-ci précise toutefois: «Concernant l’augmentation des violences sur les dépositaires de l’autorité publique, c’est le policier qui choisit ou non de faire un dossier et de judiciariser l’incident. On est donc sur du déclaratif pur: tout n’est pas forcément enregistré.»

«Escroquerie intellectuelle»

Un chiffre est malgré tout positif. Selon le bilan du ministère de l’Intérieur, les violences dites «crapuleuses» sont ainsi en repli de 15% sur l’année 2020, aussi bien dans les zones rurales et périurbaines que dans les villes. «La baisse des violences dites “crapuleuses” s’explique également par le confinement: la liberté d’aller et venir a été très limitée, y compris pour les délinquants», analyse Bertrand Soubelet. «Mais, là encore, ce recul est mécanique et épisodique, il ne faut pas croire que cela va durer», tempère-t-il.

Reste une question en suspens: quelle utilisation l’exécutif fera-t-il de ces chiffres avancés par un organisme étatique?

Pour Bertrand Soubelet, 2020, en raison des circonstances exceptionnelles et des confinements successifs, ne saurait servir de maître-étalon pour les années à venir.

«L’année 2020 est totalement en dehors de la norme habituelle, elle ne peut pas être une année “témoin”. Si on dit qu’il faut obtenir les mêmes chiffres de la délinquance en 2021 qu’en 2020 car ils ont baissé en raison des confinements, ce serait une escroquerie. Mais je pense que le gouvernement actuel est assez coutumier de cette escroquerie intellectuelle, qui consiste à faire peser sur les forces de l’ordre sa propre incurie», tance le général de corps d’armée.

Ce dernier se veut d’ailleurs pessimiste sur les perspectives sécuritaires en France: «Je crains qu’en 2021, la situation se tende encore davantage, car nous n’allons pas sortir de la crise sanitaire tout de suite. Cela risque de peser sur le moral des Français.»



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