Disparition du vol MH370: une «raison d’État» entre la Chine et les États-Unis à l’origine de la tragédie?

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Sept ans après la disparition du vol MH370, non élucidée à ce jour, une journaliste du Monde démonte point par point la version officielle. Retour sur les zones d’ombre de ce qui reste «le plus grand mystère de l’histoire de l’aviation civile» avec Ghyslain Wattrelos, qui a perdu sa femme et deux de ses enfants dans la tragédie.

«On ne sera jamais à 100% de la vérité. On va avoir des infos petit à petit, car des tas de gens connaissent un bout de la vérité. Mais jamais personne n’avouera ce qu’il s’est passé. Il y aura toujours un doute sur la version officielle», prévient Ghyslain Wattrelos devant les caméras de Sputnik.

Le Français de 56 ans a perdu sa femme et deux de ses enfants dans le vol MH370 porté disparu en mars 2014. De nombreuses zones d’ombre émaillent la tragique disparition du Boeing 777 de la Malaysia Airlines.

Dans son livre Vol MH370: La Disparition (éd. Les Arènes), Florence de Changy, correspondante du Monde et de RFI en Asie-Pacifique, s’applique à démonter point par point la version officielle présentée par les autorités malaisiennes.

«On n’est pas très loin de la vérité avec le livre de Florence de Changy. J’en veux pour preuve l’avalanche de gens qui réagissent à son bouquin», glisse Ghyslain Wattrelos.

Contradictions de la version officielle

«Good night, Malaysia 370». Ce sont les derniers mots prononcés par le commandant de bord, quelques secondes avant la disparition du MH370 des écrans radars. Il est alors 1h20, ce samedi 8 mars 2014. C’est l’heure précise à laquelle le Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines disparaît, trente-neuf minutes après son décollage de l’aéroport de Kuala Lumpur (Malaisie). L’avion devait relier Pékin avec 239 personnes à son bord. Il ne sera jamais retrouvé. Selon la version officielle, l’appareil aurait été aperçu par les radars primaires de l’armée malaisienne survolant le détroit de Malacca. Une trajectoire qui supposerait que le pilote ait fait demi-tour juste avant de pénétrer dans l’espace aérien vietnamien, avant de s’échouer quelques heures plus tard à court de carburant au beau milieu de l’océan Indien, au large de l’Australie.

Une chose est certaine: au moment où il disparaît des écrans radars, le système ACARS (qui gère l’envoi automatique d’informations techniques au contrôle aérien) et le transpondeur (le principal moyen de communication avec le contrôle aérien) sont coupés. Pour tenter de retracer la trajectoire du MH370 après sa disparition, les enquêteurs feront appel à la société britannique Inmarsat, spécialisée dans la téléphonie par satellite. Le parcours vers l’océan Indien sera reconstitué à partir des «pings» que le Boeing reçoit et émet par connexion satellitaire, lesquels permettent de dessiner un arc de cercle vers une zone située entre l’Australie, l’Afrique et l’Antarctique.

«Cela fait sept ans que les familles des victimes et les enquêteurs français demandent les “raw datas”, c’est-à-dire les données d’origine des radars et des données Inmarsat: nous n’avons jamais eu la preuve de ces données. Si on ne nous donne pas la preuve de ces données, c’est peut-être qu’elles n’existent pas, ou peut-être qu’elles ont été fabriquées!», accuse Ghyslain Wattrelos.

Florence de Changy relève en outre que la trajectoire de l’avion suggérée à partir des données Inmarsat –qui ont orienté les recherches au large de l’Australie et sous la responsabilité de cette dernière– se contredisent avec les enregistrements du contrôle aérien vietnamien qui affirme avoir capté un signal radar de l’avion 67 kilomètres après le point de passage Bitod, basile virtuelle que le MH370 venait de dépasser au moment de la perte de contact initiale. Mais ce n’est pas tout: l’enregistrement de l’ATC vietnamien figure bel et bien dans le rapport officiel. Autrement dit, la démonstration proposée par Inmarsat entre en contradiction… avec la version officielle.

«On nous ment depuis le début»

La version officielle n’en serait pas à une contradiction près, si l’on en croit Florence de Changy. Mais la journaliste du Monde va même plus loin et affirme que le supposé demi-tour de l’avion vers l’océan Indien n’a jamais été qu’une manœuvre délibérée de détourner les recherches en mer de la zone réelle du crash. «Les médias internationaux en ont été complices, le plus souvent de façon passive, en se dispensant de toute remise en question, et parfois de façon active, en diffusant des informations fausses ou erronées sans les vérifier. Tout le monde sait que l’histoire du MH370 ne tient pas debout», écrit-elle.

Une affirmation à laquelle souscrit entièrement Ghyslain Wattrelos. «On nous ment depuis la première semaine: il est à peu près évident que tout ce qu’on nous dit est faux», assène-t-il.

Florence de Changy cite plusieurs témoignages troublants. Deux en particulier retiennent l’attention. D’abord celui de Michael McKay, employé néo-zélandais d’une plateforme pétrolière située au large du Vietnam. Ce dernier affirme avoir vu un avion s’embraser dans le ciel dans la nuit du 8 mars 2014, alors qu’il était sorti fumer une cigarette. Si elle est vraie, cette allégation invalide la thèse du demi-tour vers l’ouest. Deux semaines après avoir transmis son témoignage aux autorités malaisiennes et vietnamiennes, Michael McKay est licencié et renvoyé en Nouvelle-Zélande. Plus troublant encore: un journaliste local ayant voulu l’approcher chez lui en Nouvelle-Zélande afin de l’interroger aurait été suivi par une voiture banalisée, rapporte Florence de Changy.

L’autre témoignage précieux rapporté par la correspondante du Monde est celui de Christian Courcelles, un ancien technicien aéronautique canadien ayant pris sa retraite en Thaïlande. Celui-ci affirme avoir vu des photos de débris du MH370 passer à la télévision vietnamienne… le soir-même de la disparition du Boeing. Si ce témoignage est aujourd’hui impossible à vérifier, les images n’ayant pas été archivées, il pourrait signifier un «nettoyage» en bonne et due forme de la scène du crash, sous étroite surveillance vietnamienne. Et il confirmerait que l’aéronef se serait bien abîmé en mer de Chine et non au beau milieu de l’océan Indien.

«C’est la première fois dans l’histoire de l’aéronautique qu’un avion tombe dans l’eau et qu’on ne trouve pas de débris flottants», s’étonne Ghyslain Wattrelos. «C’est extrêmement troublant: on trouve toujours des débris flottants! Au bout de six jours, on est sur la zone où il est soi-disant tombé.»

Confiant «croire en ces témoignages», il laisse ainsi éclater son scepticisme face à l’absence totale de restes de l’appareil.

«Les Américains savent ce qu’il s’est passé»

Reste à déterminer les causes potentielles de la disparition du MH370. Pour Ghyslain Wattrelos, aucun doute: «Les Américains sont parfaitement au courant de ce qu’il s’est passé.» Au tout début de l’enquête, une source qu’il qualifie de «fiable» des services de renseignement occidentaux lui a certifié que deux AWACS américains survolaient les environs la nuit du 8 mars 2014. «Les Américains savent ce qu’il s’est passé. Je ne peux pas vous en dire plus», aurait confié cette source à Ghyslain Wattrelos, ainsi qu’il le relate dans son livre Vol MH370: une vie détournée (éd. Flammarion, 2018). Les AWACS peuvent détecter un signal radar à des centaines de kilomètres à la ronde… mais aussi le brouiller. De quoi expliquer la perte de contact avec le MH370?

«Les équipages des deux AWACS américains savent très bien ce qu’il s’est passé et ils savent où l’avion est tombé: pourquoi ne parlent-ils pas?», s’interroge Ghyslain Wattrelos.

À la fin de son enquête, Florence de Changy penche très clairement pour la piste d’une bavure militaire commise par les États-Unis. «Disons, sur la base d’informations de bonne source, qu’il y avait, transporté dans la soute du MH370, du matériel stratégique, peut-être d’espionnage, probablement de fabrication américaine et d’une grande valeur technologique. Quelque chose dont la Chine avait très envie. […] Il est possible qu’un chargement de ce type, quelles que soient sa provenance et sa nature, soit arrivé à Kuala Lumpur pour être embarqué à bord du MH370.» Ce scénario hypothétique est quasi impossible à vérifier. Toutefois, le rapport préliminaire émis par la Malaisie le 8 mars 2014 l’atteste: la soute contenait 2,5 tonnes d’une cargaison qui n’a pas été scannée et qui a été dédouanée, une chose impensable à bord d’un avion civil. Officiellement, il s’agissait de talkies-walkies et de chargeurs de batteries. Il est également écrit dans le rapport officiel que ce chargement a été acheminé depuis Penang (Malaisie) en camion escorté par les autorités chinoises. Du jamais vu.

«Il y a un chargement extrêmement bizarre à bord de cet avion, qui est passé à travers toutes les procédures de l’aéroport de Kuala Lumpur. Il était probablement important que ce chargement n’arrive pas à destination», laisse entendre Ghyslain Wattrelos.

Le matin du 8 mars, rappelle Florence de Changy, plusieurs médias (notamment à Taïwan et en Chine, ainsi que le site Yahoo de Singapour) ont diffusé une information selon laquelle, à 2h43, le MH370 a envoyé un message signifiant que la cabine «se désintégrait» (une formule généralement associée à un tir de missile), requérant un atterrissage d’urgence.

Comme le fait remarquer la journaliste, si l’information, ainsi que sa diffusion sur Twitter, a été rapidement supprimée, un pilote de Vietnam Airlines qui volait cette nuit-là à proximité de la zone de disparition du MH370 a confirmé à la presse et à la télévision locales avoir entendu ce mayday provenant du Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Le centre des opérations de la compagnie malaisienne aurait également reçu une position du MH370 à 2h28 qui le situe dans la même zone, une indication qui aurait été versée à l’enquête et qui contredit, là encore, la version officielle.

«Il est très vraisemblable que ce soit une opération militaire et il est très vraisemblable que ce soient les Américains à la manœuvre», assure, pour sa part, Ghyslain Wattrelos.

À ce jour, la France est le dernier pays au monde à enquêter sur la disparition du MH370.

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