Des chars Abrams plutôt que des Leopard 2? Varsovie plus que jamais à l’heure américaine

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La Pologne va-t-elle une fois de plus acheter américain? Le char Abrams serait en passe de rafler le contrat «Wilk» (Loups) visant à remplacer 250 blindés hérités de l’ère soviétique. Nouveau coup dur en perspective pour la coopération européenne en matière de Défense? Plus qu’il n’y paraît…

Après les F-35, les Black Hawks, les M1A2 Abrams?

S’il n’y a pour l’heure rien d’officiel, le char de combat de Chrysler ferait la course en tête pour rafler un appel d’offres portant sur 250 chars de combat en Pologne, selon un article du quotidien Gazeta, repéré par Opex360. Le site d’informations stratégiques avance que Varsovie serait en train de négocier les termes de ce contrat. Estimé entre 11 milliards de zlotys (2,4 milliards d’euros) et 19 milliards de zlotys (4,2 milliards d’euros), le programme «Wilk» (Loups) vise à rafraîchir la flotte polonaise de blindés, en l’occurrence ses T-72 soviétiques, ainsi sa version locale, dénommée PT-91.

Si l’information venait à se confirmer, il s’agirait d’une déconvenue pour le K2 «Black Panther» du coréen Hyundai, mais surtout pour le Leopard 2 de l’allemand Krauss-Maffei (KNDS), dont les Polonais ont déjà acheté 250 exemplaires. Ce serait également un coup dur pour l’industrie de Défense européenne, tant souhaitée à Paris, dans la mesure où la Pologne –plus gros bénéficiaire du budget de l’UE– irait une fois de plus dépenser ses fonds aux États-Unis.

Le recours par la toute dernière variante du char Abrams du système APS (pour Active Protection System) Trophy expliquerait le choix de char, pourtant développé dans les années 70. Apparu en 2010 sur les blindés israéliens, afin de compléter leur blindage passif (la cuirasse métallique du char), l’APS consiste en plusieurs déflecteurs et lanceurs de contre-mesures électroniques. Disposés sur les flancs et l’arrière de la tourelle, ils sont capables d’empêcher tout projectile téléguidé d’acquérir, voire d’atteindre le véhicule.

La Pologne, fidèle cliente de l’«arsenal de la démocratie»

Ce système a été mis en service dans l’armée américaine en 2020. L’Allemagne n’est pas non plus en reste, puisqu’une future version de son Leopard 2 devrait intégrer ce système de protection active. Toutefois, si cette solution apparaît adaptée pour protéger le blindé contre des équipements d’infanterie (missiles guidés, RPG), voire des ogives explosives à charge creuse de chars adverses, un tel système est incapable de parer les obus à énergie cinétique (obus-flèche) tirés par les chars de combat des grands pays industrialisés.

Car c’est bien dans le contexte de renforcement général des moyens de combat à haute intensité que cet achat s’inscrit: parer une invasion qui viendrait de Russie, avec laquelle la Pologne partage une frontière, à Kaliningrad. Outre-Atlantique, où l’on se passionne de longue date pour le martyre multiséculaire de la nation polonaise, on enfonce le clou avec la psychose d’une invasion russe de l’Europe.

«Pour dissuader la Russie, l’Amérique doit soutenir la Pologne», titre d’ailleurs sans détour le Washington Times. Selon une tribune du quotidien, qui s’inquiète que Poutine n’aurait pas uniquement «dans sa ligne de mire» les ex-républiques soviétiques, mais également d’anciens États du Pacte de Varsovie, Joe Biden doit saisir l’occasion offerte par la vente des Abrams pour resserrer encore les liens établis avec la Pologne depuis l’indépendance américaine, pour laquelle se sont battus des Polonais. «De telles ventes soutiennent également la base industrielle américaine et ses travailleurs, qui doivent rester “l’arsenal de la démocratie», conclut-il.

Le M1 Abrams, un poids… mort pour l’armée polonaise?

En dépit de ces considérations sentimentales, politiques et économiques, le choix de l’Abrams est pour le moins surprenant d’un point de vue pratique. En effet, il ira s’ajouter dans l’arsenal polonais au Leopard 2 de confection allemande. Or, la diversité complexifie la logistique, l’entraînement des équipages et des mécaniciens et la maintenance. D’autant plus que l’Abrams a deux singularités par rapport à ses concurrents européens et asiatiques: la première est qu’il est équipé d’une turbine à gaz. Bref: il roule au kérosène, un carburant léger utilisé dans l’aviation au lieu du gasoil habituellement employé dans les moteurs de chars. La seconde est que les États-Unis ne se sont jamais convertis au système métrique, restant au bon vieux système d’unités impériales de son ex-colonisateur britannique, compliquant d’autant les problématiques de formation des personnels et d’intendance.

Au-delà de sa fiche technique, le blindé américain jouit surtout de l’image des États-Unis en Pologne, qui reste plus que tout attachée au parapluie de l’Otan. Elle se montre de plus défiante à l’égard des puissances militaro-industrielles européennes, France en tête, comme le montre la succession de déconvenues des industriels tricolores dans ce pays. Fin 2002, un an avant son intégration à l’Union européenne, la Pologne optait pour le F-16 block 50 américain aux dépens du Mirage 2000-5 afin de remplacer ses Mig-21. Un contrat remporté à grand coup de contreparties financières et industrielles, estimé à plus de 12 milliards de dollars sur dix ans et portant sur 48 appareils.

Défense & industrie: la Pologne n’a d’yeux que pour l’Amérique

Désaveu plus récent, mais tout aussi terrible pour Paris: le renoncement fin 2016 de la Pologne à un contrat de 50 hélicoptères Caracal pour 3,1 milliards d’euros. Après qu’Airbus Helicopter ait remporté l’appel d’offres, Varsovie avait utilisé le contrat pour forcer les autorités françaises à renoncer à la livraison des deux BPC Mistral à la Russie. Malgré l’annulation de ce contrat avec la Moscou, Varsovie avait tout de même déchiré le contrat Caracal avant de se tourner –sans appel d’offres– vers des hélicoptères américains.

Début 2020 la Pologne optait pour le F-35, dans un appel d’offre à 4,6 milliards d’euros où Dassault n’avait même pas pris la peine de présenter le Rafale, jugeant que cela n’était qu’une perte de temps et d’argent, la compétition étant réservée aux appareils de 5e génération. La Pologne, «l’eldorado des groupes américains» de Défense, taclait en mars 2020 La Tribune, qui soulignait qu’en trois ans, Varsovie avait acheté pour 10 milliards de dollars d’armes aux États-Unis.

Actuellement, la France compte vendre six EPR à Varsovie, mais là encore, les Français doivent faire face à la concurrence américaine et à sa diplomatie particulièrement agressive en matière de contreparties offertes à la Pologne. Pas dit qu’un choix en faveur du M1 soit de meilleur augure pour les Français.

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