Chef militaire birman à Sputnik: «Nous ne demandons pas de soutien spécial, mais simplement de dire la vérité»

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Sputnik: Ce n’est pas la première fois que vous participez à la conférence de Moscou sur la sécurité internationale. Votre intervention a été notamment focalisée sur la situation actuelle en Asie-Pacifique. Quels sont les plus grands risques et menaces pesant sur la sécurité de cette région aujourd’hui?

Min Aung Hlaing: Après la Seconde Guerre mondiale, le centre d’intérêt de la politique internationale s’est déplacé vers la région Asie-Pacifique. Avant, tous les intérêts de la politique mondiale et des grandes puissances se trouvaient uniquement en Europe et dans la partie occidentale du monde, personne ne s’intéressait à l’Asie du Sud-Est. Étant donné que notre pays est situé dans cette région, il nous faut être très prudents dans cette lutte de la politique mondiale.

Les risques, voire menaces, notamment le terrorisme, sont très présents en Asie-Pacifique. Mais dans la plupart des cas, cela ressemble à une ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays. Elle se manifeste à la fois dans l’économie et la politique intérieure. Il y a une intervention constante. C’est l’indicateur des risques et des menaces.

Au cours de vos entretiens avec le ministre russe de la Défense, le général d’armée Sergueï Choïgou, vous avez abordé les perspectives de développement de la collaboration militaire et technico-militaire bilatérale. Que pouvez-vous dire en général des relations actuelles entre la Birmanie et la Russie?

Nous suivons la voie du développement dans le secteur de la coopération militaire. Nous allons mettre en place une collaboration nouvelle et l’étendre. Cette dernière a été initialement planifiée de manière à s’amplifier avec le temps. Cela étant, lors de cette réunion, nous nous sommes essentiellement penchés sur l’élargissement de la coopération existante.

Dans quels domaines?

La réunion a principalement porté sur les questions de défense antiaérienne, nous constatons un intérêt bilatéral pour l’extension de la coopération dans ce secteur. Notre pays se trouve dans le domaine des intérêts des grandes puissances, ce qui signifie que nous devons élargir notre DCA pour notre sécurité nationale.

Si vous permettez, passons à la situation politique intérieure en Birmanie. Nous constatons aujourd’hui dans le monde un tableau contradictoire d’évaluations de la situation politique intérieure compliquée dans le pays. À votre avis, quelle en est la raison principale?

Il existe deux raisons. La première réside dans le désir de détruire notre État. Ce qu’ils écrivent et font mène à sa démolition. La deuxième raison est qu’ils veulent placer au pouvoir ceux qui sont sous leur contrôle.

Quand vous dites «eux», vous parlez des pays occidentaux?

Oui, des pays occidentaux. Les pays occidentaux n’ont pas seulement recours aux médias, ils s’ingèrent dans nos affaires intérieures par le biais de relations diplomatiques également. Cette activité est déployée notamment par des organisations internationales, telles que les Nations unies, et des structures civiles. Elles s’immiscent de manière ciblée dans nos affaires.

Si je comprends bien, la Constitution birmane actuelle ne prévoit pas de poste de conseiller d’État qu’avait occupé Aung San Suu Kyi. À votre avis, pour quelle raison c’est elle qui a incarné pendant de longues années le pouvoir exécutif sur l’arène internationale?

Notre législation prévoit le poste de «conseiller d’État». Mais elle dispose qu’une personne ou une organisation peut être nommée conseiller d’État en cas de nécessité. Mais rien n’est précisé au sujet de ses devoirs ni pouvoirs. C’est juste un conseiller. Par le passé, le gouvernement a nommé Aung San Suu Kyi conseillère d’État et elle s’était placée à la tête de celui-ci, plus haut que le Président. Toutefois, d’après notre Constitution, personne ne peut être situé au-dessus des trois branches du pouvoir: exécutif, législatif et judiciaire. Personne.

L’article 59 de la Constitution indique qui peut devenir Président ou faire partie des dirigeants supérieurs. Il existe certaines restrictions relatives à la citoyenneté étrangère: le candidat ne peut pas avoir la nationalité d’un autre pays et s’il est lié à quelqu’un qui possède une citoyenneté étrangère, il ne peut pas devenir Président. Cette règle s’applique tant au Président qu’au vice-Président. Lorsqu’elle [Aung San Suu Kyi, ndlr] s’est nommée elle-même conseillère d’État, elle a émis un ordre spécial précisant le protocole selon lequel le poste de conseiller d’État suit directement celui de Président et précède celui de vice-Président, se situant entre les deux. Ce qui suppose que cette fonction doit être soumise aux mêmes restrictions que celles qui sont imposées à ceux qui souhaitent devenir Président et vice-Président. Or elle n’y correspond pas. Elle savait qu’elle ne deviendrait jamais Présidente parce que son mari n’a pas la nationalité birmane. Alors elle a émis un ordre plaçant son poste directement après celui de Président. Ce qui n’est pas conforme à notre Constitution.

N’importe quel pays possède un document appelé protocole d’État qui décrit dans quel ordre se succèdent les postes. Il est signé par le Président et est publié sous forme d’ordre spécial. C’est valable pour tous les pays. Elle, elle s’est qualifiée de conseillère d’État. Si cet ordre n’avait pas été signé par le Président, la Constitution n’aurait pas été violée. Mais elle s’est entendue avec le Président pour qu’il signe l’ordre avec ce protocole. Et, selon ce dernier, elle devient numéro deux de l’État. Ainsi, après la signature du protocole, elle a déjà violé la Constitution.

Quel pourrait être le sort d’Aung San Suu Kyi?

Je ne suis pas un juge. Je ne peux pas dire ce qui va arriver. Je ne peux pas ordonner quoi que ce soit sur son futur. C’est aux juges d’en décider conformément à la législation et c’est d’après cette dernière que les juges décideront de son sort. Son dossier est officiellement ouvert, il y a ses avocats et ceux de l’accusation. L’affaire suit son cours et il y aura une décision. Je ne peux pas l’influencer.

Le pays vivra prochainement de nouvelles élections. Il était prévu d’abord de les tenir dans le courant des six mois puis de nouveaux délais ont été fixés: dans le courant des deux ans. Quelle en est la raison?

Nous n’avons pas parlé dès le premier jour de délais, qu’ils soient de six mois ou de deux ans. Nous avons simplement dit qu’après la matérialisation des mesures nécessaires à leur organisation, nous tiendrons obligatoirement de nouvelles élections honnêtes. Quelles sont ces mesures? Il y a deux points: l’annonce de violations de la législation et de fraude électorale. Elle a été faite par les forces armées le 1er février. Après cette date, une nouvelle Commission électorale de l’Union a été formée et s’est chargée des enquêtes. Achever ces dernières et faire une annonce officielle est l’une des mesures indispensables. Sans ces enquêtes nous ne pouvons pas organiser de nouvelles élections.

Deuxième point: au cours des enquêtes, nous avons constaté que certains n’avaient pas de passeport. D’où les fraudes. Environ 10 millions de fraudes dont quelque quatre millions parce que certains n’avaient pas de passeport. C’est une lacune du gouvernement. Nous l’avons dit et nous devons nous en occuper maintenant. Il nous faut 18 mois pour établir les passeports. Mais cela dépendra aussi de la population.

Pour ce qui est du délai de deux ans: selon la Constitution, l’état d’urgence peut être décrété pour un an avec possibilité de prolongement, deux fois de six mois, sur décision d’une réunion spéciale du Conseil national de sécurité.

Il y a aussi un autre problème: en vertu d’une loi adoptée en 1982 sur les règles d’obtention de la citoyenneté birmane, nombreux sont ceux qui ne l’ont pas encore acquise, bien que cela ait été prévu. Si d’ici là nous n’établissons pas les passeports, c’est nous qui devrons en assumer la responsabilité. Par conséquent, nous devons tout prévoir et examiner pour délivrer tous les passeports. Cela prend du temps. Nous ne faisons pas traîner en longueur le processus, mais c’est parce que nous prenons les mesures nécessaires pour organiser de nouvelles élections.

Après que toutes les procédures mentionnées seront réalisées, tous les partis politiques pourront-ils participer aux nouvelles élections?

Absolument, tous les partis politiques peuvent prendre part aux élections en conformité avec les règles. Nous ne changeons pas ces règles et nous n’en inventerons pas de nouvelles. Tout restera comme il l’était. S’ils agissent selon les règles, ils pourront participer aux élections. Il y a deux règles. Premièrement, une formation correcte du parti politique. Si tout est enregistré conformément à la loi, c’est déjà un bon début. Deuxièmement, il s’agit d’une participation aux élections en bonne et due forme. Si toutes les règles sont respectées, les partis sont prêts à 100% pour les prochaines élections.

Selon vous, quelle est la cause de l’intensification des manifestations, voire même d’affrontements locaux avec l’armée, notamment dans le nord de la Birmanie?

Au début, il y a eu des protestations. Vous connaissez déjà leur raison qui est la fraude électorale. Par la suite, les manifestations sont passées à l’étape du terrorisme et là, les raisons sont autres. Premièrement, les manifestants suscitent la crainte des habitants locaux afin que ceux-ci ne suivent pas le cours normal de leur vie, pour que le pays soit agité. Ils provoquent la peur. Deuxièmement, ils détruisent l’image du gouvernement actuel sur la scène internationale. Ils le font sciemment dans leurs propres intérêts. Ils utilisent actuellement des bombes artisanales et commettent des actes terroristes. Et ils cherchent un soutien pour pouvoir devenir des «terroristes officiels», ils cherchent des sponsors. Voici les principales raisons.

Leur objectif final est l’immixtion officielle d’autres pays dans les affaires intérieures de notre État. Pour que d’autres pays puissent s’ingérer, il faut une situation instable et ils espèrent ardemment la présence de troubles. C’est ce qu’ils cherchent, c’est pourquoi ils commettent des actes terroristes afin de trouver des sponsors pouvant maintenir un désordre complet dans le pays. Par la suite, ils inviteront d’autres pays à intervenir dans les affaires intérieures de notre État. C’est le but final de ces opposants.

Ils cherchent des sponsors avec des opinions politiques qui pourront fournir des ressources pour mettre en œuvre ces mesures. Et les exécutants directs des attentats, ils travaillent pour l’argent. Ce n’est pas une force politique, c’est juste qu’ils touchent de l’argent. En revanche, ils sont dirigés par ceux qui ont un intérêt politique, ils cherchent de l’argent et des sponsors pour payer plus tard. Ils n’iront jamais commettre eux-mêmes des attentats, ils ont trop peur.

À votre avis, quelles sont les mesures des partenaires de la Birmanie et de la communauté internationale qui pourraient contribuer à stabiliser la situation dans le pays?

Avant qu’un pays ne décide de nous aider et de nous soutenir dans cette situation, il doit comprendre, premièrement, la culture politique de notre pays, deuxièmement, la législation de notre pays et, troisièmement, l’histoire du pays. En cas de compréhension intégrale de ces trois composantes, de la manière dont se passent les choses, d’autres pays peuvent nous aider et nous soutenir dans la solution du problème. Mais pour le moment, nombreux sont ceux qui se fondent sur des sources d’information peu fiables. D’où elles viennent et qui les crée, j’en ai parlé ci-dessus. C’est fait sciemment afin que les autres pays pensent que ces fausses informations sont vraies et formulent leurs exigences sur les problèmes à résoudre et la façon de le faire. Mais fournir un supposé soutien basé sur de fausses informations inexactes n’est pas correct. C’est une ingérence et nous, nous avons besoin de coopération.

Quelle est la contribution que pourraient apporter la Russie et la Chine à la stabilisation de la situation de la Birmanie?

Il y a la coopération, tandis que le soutien consiste à dire la vérité. La Russie écrit et raconte au monde entier la vérité, ce qui se passe exactement dans notre pays. C’est la même chose pour la Chine. Ça, c’est le soutien. Nous ne demandons pas de soutien spécial, mais simplement de dire la vérité.

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