Barbouzeries, provocations militaires: les USA ont-ils tenté d’assassiner Nicolas Maduro?

libre info france

Le Président vénézuélien s’est interrogé le 2 juillet sur la possibilité d’un attentat américain visant sa personne. Alors que l’Occident est sur le point de desserrer son étreinte sur Caracas, Romain Migus, journaliste spécialiste de l’Amérique latine, estime que ces accusations sont relativement crédibles.

Le journaliste Romain Migus a bien écouté le discours de Nicolas Maduro ce 2 juillet. Sans avancer de preuves, le Président vénézuélien s’est interrogé sur la possibilité d’un nouvel attentat américain à son encontre.

«Nos sources en Colombie nous assurent […] qu’ils sont venus pour préparer un plan visant à attenter à ma vie et à celle d’importants dirigeants politiques et militaires […] Joe Biden a-t-il ratifié les ordres de Donald Trump de mener le Venezuela à la guerre civile et de nous tuer? Oui ou non? Je demande», a lancé Nicolas Maduro ce 2 juillet.

Une hypothèse rocambolesque? Le journaliste, spécialiste de l’Amérique latine et fondateur du site d’information Les Deux Rives, se refuse à l’évacuer: «ses interrogations ne sont pas complètement incongrues». En effet, les précédents sont éloquents:

«En 2018, il y a eu un attentat contre Nicolas Maduro. En 2019, il y a eu aussi plusieurs attentats déjoués. On compte au total six tentatives de coups d’État militaires au Venezuela», rappelle-t-il.

En mai 2020, l’opération Gedeon, la principale tentative de changement de régime au Venezuela, s’était soldée par un échec retentissant. Une soixantaine de paramilitaires déserteurs menés par des mercenaires américains avaient opéré un débarquement nocturne pour s’attaquer au gouvernement vénézuélien. Bilan de l’opération, huit insurgés tués et la capture des survivants, dont deux citoyens américains. Le scénario se répéterait-il?

Des provocations militaires aux frontières?

Le 2 juillet, le Président vénézuélien a accusé la CIA et l’armée américaine de planifier son assassinat, se demandant toutefois si son homologue américain, Joe Biden, l’avait autorisé. À l’occasion d’une cérémonie militaire, Nicolas Maduro a commenté les visites du directeur de la CIA, William Burns, et du chef du Commandement Sud (Southcom), l’amiral Craig Faller, en Colombie et au Brésil. S’il n’a pas apporté de preuves tangibles de l’organisation d’un éventuel complot le visant, quelques clics sur le site du Département d’État américain suffisent à donner du crédit aux allégations de Nicolas Maduro. Depuis mars 2020, la tête du chef d’État vénézuélien est mise à prix pour 15 millions de dollars, comme un vulgaire narcotrafiquant. Un héritage du mandat Trump qui avait incité les initiateurs de l’opération Gedeon à passer à l’action et que la nouvelle Administration Biden n’a toujours pas désavoué.

​Au-delà de ces interrogations, le spécialiste de l’Amérique latine évoque ainsi plusieurs mouvements armés d’envergure qui font craindre une «action militaire sous la forme de provocation.» C’est notamment le cas du conflit à la frontière colombo-vénézuélienne dans l’État de Apure, où des groupes irréguliers, comme le Front 10 –d’anciens FARC reconvertis dans le narcotrafic, commandé par Gentil Duarte– attaquent l’armée vénézuélienne. Une région dans laquelle s’est rendu l’amiral Faller, notamment dans la ville frontalière de Puerto Carreno, suscitant l’ire de la diplomatie vénézuélienne, qui a dénoncé une provocation.

L’échec de la stratégie Guaido

À l’autre bout du pays, à l’Est, ce sont des exercices militaires conjoints au Guyana avec l’armée américaine à proximité de la frontière qui ont éveillé les soupçons de Caracas. Un partenariat militaire qui affiche comme objectif de «contrer les organisations criminelles transnationales et de mener des opérations d’aide humanitaire», des buts de guerre régulièrement utilisés contre le Venezuela. Encerclé sur le plan terrestre par trois pays alliés des États-Unis (Colombie, Brésil, Guyana), Nicolas Maduro craindrait donc une «énième conspiration militaire».

Depuis trois ans, les États-Unis ont multiplié les pressions diplomatiques et les sanctions économiques pour chasser ce dernier du pouvoir, mais sans succès. L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche et l’échec de la stratégie Guaido auraient encouragé les Occidentaux à réviser l’embargo, signe d’une relative détente entre Washington et Caracas. Ce qui provoquerait pourtant des remous au sein de l’armée américaine, qui ne serait «pas opposée à continuer la politique d’agression mise en place par Donald Trump.»

Ainsi Romain Migus distingue-t-il l’existence de plusieurs centres de pouvoir à Washington, qui s’opposent. D’une part, l’Administration étatsunienne qui veut «reprendre les échanges pétroliers» avec Caracas afin surtout de «contrer l’influence principalement russe, chinoise, mais aussi iranienne». De l’autre, les néoconservateurs menés par John Bolton, influents dans les cercles militaires.

À Washington, civils et militaires s’opposent sur le Venezuela

Selon le Panama Post, qualifié de «journal de droite hispanophone basé à Miami» par Romain Migus, la diplomatie américaine aurait même fixé à Juan Guaido un ultimatum au 1er décembre afin de renverser le Président vénézuélien. Après cette date, Washington ne reconnaîtra plus Juan Guaido comme Président par intérim, expliquant ainsi la tentative désespérée de celui-ci de négocier avec Nicolas Maduro. «On sait que ce n’est pas possible, Guaido n’a pas les moyens de faire quoi que ce soit», explique le spécialiste de l’Amérique latine. Preuve que les lignes bougent, une mission électorale européenne doit arriver le 6 juillet à Caracas afin de décider de l’envoi d’une mission d’observation électorale lors des élections régionales et municipales du 21 novembre.

«C’est une manière digne pour tous les acteurs politiques qui tournent autour du Venezuela de tourner la page de Guaido, du gouvernement intérimaire et de cette fable qui dure maintenant depuis plus de deux ans, qui a été initiée par Trump. On semble se diriger vers une sortie de la stratégie mise en place par l’Administration précédente», conclut le fondateur du site d’information Les Deux Rives.

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