Annonces de Macron sur la sécurité: «un effort conséquent»… pour un Président en campagne?

libre info france

Macron a clos le Beauvau de la sécurité avec une série d’annonces très attendues par les forces de l’ordre. Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO, salue la bonne volonté du gouvernement. Reste à mettre les mesures en pratique.

«Il faudra affiner et flécher l’argent au bon endroit, mais aujourd’hui on peut dire que les choses vont vraiment dans le bon sens», se félicite Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO, au micro de Sputnik.

C’est depuis l’École nationale de police de Roubaix, ce mardi 14 septembre, qu’Emmanuel Macron a prononcé son discours de clôture du Beauvau de la sécurité. Lancée en grande pompe en février dernier, cette longue concertation entre le gouvernement, les syndicats de police et plusieurs personnalités issues du monde de l’entreprise et de la société civile devait permettre de renouer le lien distendu entre la police et la population. Très critiqué par les représentants des forces de l’ordre pour avoir reconnu l’existence de «violences de policiers» dans une interview donnée à Brut en décembre dernier, Emmanuel Macron était attendu au tournant.

Doubler sous dix ans la présence des forces de l’ordre sur le terrain

Le chef de l’État, qui a promis des annonces «substantielles» et des changements «radicaux», a notamment annoncé une augmentation du budget du ministère de l’Intérieur à hauteur de 1,5 milliard d’euros en 2022, dont 500 millions dévolus aux mesures prévues par le Beauvau de la sécurité. L’investissement constitue une rallonge par rapport à la hausse de 900 millions annoncée par le Premier ministre, Jean Castex, fin juillet. «85% des mesures sont pour du matériel et de l’investissement», a précisé le Président de la République dans son allocution.

«Cela ne suffira pas à résorber toutes les difficultés, mais cela devrait permettre de s’y attaquer sérieusement. C’est un budget sans précédent, on ne peut pas faire la fine bouche. L’effort est conséquent et traduit une volonté d’amélioration», reconnaît Grégory Joron.

Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé son intention de doubler en dix ans la présence des policiers et gendarmes sur la voie publique. Pour ce faire, le chef de l’État entend procéder à une «simplification drastique» des tâches administratives réalisées par les forces de l’ordre. Une réforme des horaires des forces de sécurité doit être présentée au début de l’année 2022 afin de permettre d’avoir «plus de bleu sur le terrain».

Autre nouveauté: M. Macron a annoncé la généralisation des plaintes en ligne dès 2023 et plus seulement les pré-plaintes. L’objectif de toutes ces mesures? Limiter au maximum le temps passé entre quatre murs pour les personnels de police et de gendarmerie. «La simplification de la procédure pénale est très importante pour les policiers, car elle leur ajoute une charge mentale terrible. Dans certaines Sûretés départementales, on arrive à 400 dossiers par personnel! C’est juste insupportable», illustre Grégory Joron.

Création d’une instance de contrôle des forces de l’ordre

Pour répondre au sujet sensible des violences commises par les policiers dans l’exercice de leurs fonctions, Emmanuel Macron a annoncé la création d’une instance de contrôle parlementaire des forces de l’ordre. Pour mémoire, le Beauvau de la sécurité avait été lancé (entre autres) en réaction à l’affaire Zecler, du nom de ce producteur de musique tabassé par des policiers à Paris en novembre 2020.

Concrètement, l’instance de délégation voulue par la Président sera chargée de contrôler les deux services d’inspection des forces de l’ordre, l’IGPN pour la police nationale et l’IGGN pour la gendarmerie nationale. «Ils vont contrôler ceux qui contrôlent! Mais cela ne me choque pas particulièrement», confie Grégory Joron. Lequel fait remarquer tout de même que «de 2013 à 2017, il y avait déjà un comité d’observation et de contrôle interne de la police nationale au sein même de l’IGPN». «Celui-ci était composé de dix-huit personnes, dont neuf issues de la société civile. Autrement dit, cet outil, totalement transparent et ouvert, a déjà existé et aurait sans doute dû perdurer», poursuit le syndicaliste. 

Silence sur la réponse pénale

Emmanuel Macron ne s’est pas prononcé en revanche sur la question de la réponse pénale, particulièrement scrutée par les représentants syndicaux. Le chef de l’État s’est contenté de renvoyer la balle aux États généraux de la justice, qui doivent avoir lieu prochainement, mais dont la date exacte n’a pas encore été fixée. Les syndicats réclament de longue date des «peines minimales incompressibles», c’est-à-dire non aménageables, pour les délinquants reconnus coupables de violence sur les forces de l’ordre. «On est encore loin du compte», déplore Grégory Joron. 

«Il y a un vrai boulot à faire sur la politique pénale de notre société, dont on a parfois vidé le sens. Ce n’est pas de notre responsabilité, mais nous sommes des lanceurs d’alerte sur ce sujet»

Dans une volonté affichée de «penser la police et la gendarmerie de 2030», Emmanuel Macron a enfin annoncé une loi de programmation pour la sécurité intérieure, prévue pour s’étendre jusqu’en 2027. Et ce alors même que le Livre blanc de la sécurité intérieure a été présenté en novembre 2020 afin de clarifier les missions des forces de l’ordre.

«Le Livre blanc de la sécurité intérieure, c’était quelque chose de très “techno”, un peu fait dans l’entre-soi des hauts fonctionnaires. C’est une analyse pertinente, mais je ne suis pas sûr que ce soit ce qui doit dicter la politique en matière de sécurité pour les prochaines années. Les travaux du Beauvau sont plus terre-à-terre», juge Grégory Joron.

L’ambition présidentielle avec cette loi de programmation pour la sécurité intérieure est peut-être plus «terre-à-terre» elle aussi. De fait, le texte de loi ne pourra pas être voté avant la fin du quinquennat et devrait ainsi constituer la trame du volet sécurité du programme du chef de l’État pour sa candidature en 2022. Manière d’occuper le terrain sur le régalien, pour un Président déjà en campagne?



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