À l’ombre des affrontements entre Kaboul et les talibans, Daech tisse sa toile en Afghanistan

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Discret ces derniers mois en Afghanistan, Daech* a revendiqué l’attaque à la roquette du palais présidentiel, à Kaboul ce 20 juillet. Un coup de force qui illustre la stratégie de l’État islamique* en Afghanistan: ajouter du chaos au chaos, pour retrouver un semblant de califat. Précisions avec l’ancien diplomate Georges Lefeuvre.

Les États-Unis se retirent, les talibans* avancent inexorablement et Daech* place ses pions.

Ce 20 juillet, alors que se tenait un discours présidentiel suivi de la prière de l’Aïd, fête la plus importante du calendrier musulman, des roquettes ont plu sur la «zone verte» de Kaboul, nom officieusement donné aux quartiers centraux de la capitale afghane, qui concentre la majorité des institutions du pays et des représentations étrangères. Cette attaque n’a pas fait de victime, mais l’impact psychologique n’en demeure pas moins dramatique.

​Elle a été revendiquée par l’État islamique*, pourtant discret depuis plusieurs mois sur le théâtre afghan. Hormis quelques attentats, certes meurtriers, mais néanmoins épars, le groupe djihadiste n’a pas été un acteur majeur du conflit afghan depuis au moins 2016.

​Cette année-là, il perdait les quelques territoires qu’il avait pu conquérir à son apogée.

«Après s’être fait taper dessus par les talibans*, Daech* a disparu du Helmand, du Logar et du Kounar. Territorialement, il ne leur reste qu’une présence éparpillée dans le Nangarhar, près de Jalalabad», précise Georges Lefeuvre, ancien diplomate et spécialiste de l’Afghanistan, au micro de Sputnik.

Pour notre interlocuteur, pas de doute: Daech* veut ajouter du chaos au chaos pour profiter de la confusion et atteindre ses objectifs à long terme: dominer le Khorassan.

L’Afghanistan, une étape stratégique pour Daech*

Conscient que le groupe ne peut s’imposer en cas de stabilisation du conflit, il tente comme cela a été le cas en Syrie et en Irak, mais aussi en Libye, de profiter de l’anarchie rampante pour tirer son épingle du jeu. Alors que l’étau taliban se referme sur le gouvernement de Kaboul et que les combats s’intensifient, la fenêtre d’opportunité est grande ouverte pour le groupe État islamique*.

«S’ils reprenaient du poil de la bête, leur objectif ne serait pas simplement l’Afghanistan, mais la conquête du Khorassan. Une stratégie régionale qui menace l’Iran, les républiques d’Asie centrale et la Chine», analyse le chercheur associé l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

En effet, contrairement à leurs homologues d’Al-Qaïda*, Daech* entend mettre la main sur des territoires dès que l’occasion se présente. En Asie centrale, cela passe par la conquête du Khorassan, province à laquelle le groupe a d’ailleurs donné son nom dans la région: État islamique* Wilayah [province en arabe] Khorassan.

«Le Khorassan est une province persane qui, avant la création de l’Afghanistan en 1747, couvrait toute cette zone qui va de la mer Caspienne jusqu’à l’Indus, soit tout l’Est iranien, le Sud des républiques actuelles d’Asie centrale et tout l’Afghanistan», explique l’anthropologue de formation.

«Cette province est ainsi conçue comme une ouverture transfrontalière de ce que sera un jour, dans l’esprit de Daech*, le “Grand Califat”», ajoute-t-il, avant de préciser: «leur but reste de créer un mouvement transfrontalier, hyper radical, anti-chiite


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Sputnik . Louis Doutrebente & Thomas Martin

Afghanistan : profitant du retrait occidental, les talibans gagnent du terrain

Un projet que Daech* a déjà tenté de mettre en place au moment de son expansion en 2015. Le groupe djihadiste avait en effet réussi à saisir plusieurs districts essentiellement au Sud et à l’Est du pays, avant que les talibans* et autres chefs de guerre ne les en expulsent.

Le retour dans la clandestinité, qui s’est fait en parallèle de la chute du califat territorial au Levant, n’a pas anéanti les projets du groupe. Le rêve d’un califat dans le Khorassan est encore bien vivant dans l’esprit des chefs djihadistes régionaux de Daech*, affirme Georges Lefeuvre. Leurs régulières attaques dans le pays sont là pour le rappeler, et leur modus operandi n’est pas anodin de ce point de vue.

«Jusqu’à présent, ils ont utilisé l’arme du pauvre, qui est l’attentat suicide. Une arme redoutable, car elle crée un effet de sidération, entraînant un effet de loupe qui laisse croire que le groupe est considérablement plus important qu’il ne l’est réellement», décrypte le chercheur.

En tirant ce 20 juillet près du palais de la présidence et des différentes missions diplomatiques, Daech* veut ainsi faire croire aux populations locales qu’il faudra composer avec lui, au même titre que le gouvernement ou les talibans*.

*Organisations terroristes interdites en Russie



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